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23/01/2015

Jean-Pierre Luminet à propos de "La beauté de l’invisible"

La beauté de l’invisible

Ce thème renvoie immédiatement aux célèbres aphorismes d’Héraclite tels que « Nature aime se cacher » ou « L’harmonie invisible plus belle que l’harmonie visible ». Y a-t-il vraiment un « ordre » dans l’invisible ? Dans La naissance de la tragédie (1872), Nietzsche distingue la beauté apollinienne – qui serait plutôt celle de l’harmonie visible, du parfait -, de la beauté dionysienne – qui correspond à la beauté cachée d’Héraclite, celle qui ne se voit pas, beauté relativement inquiétante et incontrôlable car c’est celle de l’inconnu, où règnent peut-être chaos et désordre.

Que nous disent à ce propos l’astrophysique et la cosmologie modernes ?

Ce qu’on appelle « lumière » au sens habituel du terme n’est qu’une partie infinitésimale du spectre électromagnétique, lequel décrit toutes les formes possibles de la lumière en fonction de sa fréquence, depuis les basses fréquences correspondant aux ondes radio jusqu’aux très hautes fréquences qui sont celles des rayons X et gamma, en passant par les micro-ondes, l’infrarouge ou l’ultra-violet. Tout au long du XXe siècle ont été développés des instruments capables d’observer l’univers dans tous ces domaines du rayonnement électromagnétique, et d’en reconstituer des images en « fausses couleurs ». Première constatation, un astre donné – par exemple le Soleil –  est tout aussi « beau » lorsqu’il est vu en rayons X ou en ultraviolet que dans le visible – où finalement il se réduit à une simple boule jaune et ronde !

L’élargissement de la vision à toutes les longueurs d’onde s’est ensuite ouvert à d’autres messagers que les photons du rayonnement électromagnétique : les neutrinos, les rayons cosmiques ou les ondes gravitationnelles nous apportent désormais d’autres « belles images » de l’univers, quoique plus difficiles à déchiffrer.

Quant à la cosmologie relativiste moderne, elle nous révèle que ces fameuses « illuminations célestes », celles de la matière visible – étoiles, nuages de gaz, galaxies, etc., représentent seulement 0,5% du véritable contenu matériel et énergétique de l’univers ! L’essentiel, ce qui gouverne la forme et l’évolution de l’univers, est constituée de matière sombre et d’énergie noire. Cela ne signifie pas pour autant que la cosmologie relativiste s’est entièrement trompée ; au contraire, car cette part invisible est bel et bien prédite par les modèles. Cela semble plutôt confirmer l’intuition d’Héraclite : la nature aime se cacher. Evidemment le terme « aimer » suggère une intention qui n’a pas lieu d’être. La nature est cachée, un point c’est tout, mais ce que je trouve beau dans l’activité du cosmologiste, c’est de développer des outils à la fois expérimentaux et conceptuels permettant de décoder l’univers invisible. Selon les dernières mesures, 45% de la matière noire serait de nature atomique, c’est-à-dire faite comme nous ; 27 % ne serait pas sous forme atomique, et la physique des hautes énergies propose tout un ensemble de particules candidates qui n’ont pas été directement détectées mais qui laissent une trace en influant la formation des grandes structures ; enfin, 68% serait sous la forme d’une mystérieuse « énergie noire » – peut-être liée au vide quantique -, qui expliquerait l’accélération effectivement observée de l’expansion cosmique.

Jean-Pierre Luminet ( Cosmos et Beauté, extrait)

http://blogs.futura-sciences.com/luminet/2014/05/20/cosmos-beaute-33/

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12/10/2014

Trinh Xuan Thuan: "Le Cosmos et le Lotus", extraits

 "C'est la lumière qui véhicule les fragments de musique et les notes éparses de la mélodie secrète de l'univers que l'homme tente de reconstituer dans toute sa glorieuse beauté."

"La lumière joue le rôle de messager cosmique"

"La lumière porte également en elle un code cosmique qui, une fois déchiffré nous permet d'accéder au mystère de la composition chimique des étoiles et des galaxies, ainsi qu'au secret de leur mouvement. Et cela parce que la lumière interagit avec les atomes qui composent la matière visible de l'univers. Comble du paradoxe, elle qui éclaire tout est par elle-même invisible."

"La lumière permet aussi d'étudier les mouvement des astres. Car rien n'est immobile dans le ciel. La gravité fait que toutes les structures de l'univers- étoiles, galaxies, amas de galaxies...- s'attirent et "tombent" les unes vers les autres. Ces mouvements de chute s'ajoutent au mouvement général d'expansion de l'univers."

"La lumière me connecte au cosmos. Elle me permets de remonter dans le passé jusqu'à des temps immémoriaux, et de voir le monde en train de naître."

 

"l'âme existe avant le corps, mais dès qu'elle intègre son enveloppe charnelle, elle oublie qu'elle a été en contact avec le monde des Idées. A mesure qu'elle découvre les formes naturelles du monde des sens, une mémoire vague et distante du monde des Idées lui revient. l'homme réalise, que, quand il voit une rose, il n'a devant les yeux que la manifestation imparfaite de l'idée d'une fleur parfaite. 
(...) Pour Platon, le monde changeant, impermanent, éphémère et illusoire,accessible à nos sens, semblable au monde des ombres, n'est qu'une pâle représentation du monde des Idées. Or le monde des Idées, "illuminé par le soleil de l'intelligible", est aussi celui où règnent les relations mathématiques, les structures géométriques parfaites.
(...) Or, il y a d'excellentes raisons de supposer que les mathématiques ne sont pas une invention de l'homme, mais habitent un monde platonicien des idées complètement indépendant du monde sensible."

Trinh Xuan Thuan " Le Cosmos et le Lotus"

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15:37 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0)