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25/07/2015

J-M Vivenza, Sur la Nuit éternelle...

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"Sur la Nuit éternelle..."

 

"La nuit n'est pas uniquement une simple forme d'alternance au jour dont elle serait le pendant sombre et mystérieux, la nuit est source, fondement et origine. De l'abîme en quoi elle a son séjour, elle tend, comme aspiration irréductible, vers l'insondable et le voilé. La nuit est le coeur de l'être en ce qu'il a d'obscur et d'énigmatique; voie par le vide que nos pas doivent cheminer.
L'image de la source exprime à merveille la soif des origines qui nous brûle; la source de tout, c'est «l'Un» unissant, c'est le silence dont il faut écouter le murmure qui se répand à travers les multiples états de la nuit. Il faut citer ce texte suggestif: «La source ne se révèle comme la source qu'après que le cours du fleuve a été reconnu jusqu'à la mer. C'est pourquoi la marche vers la source est le retour vers elle dans 1a direction opposée à celle du cours habituel du fleuve, et ainsi cette marche doit d'abord éloigner de la source au lieu de conduire directement vers elle» . Hôlderlin n'a-t-il pas écrit: «Mais voici que ce fleuve semble presque vouloir remonter à la source et il me semble venir de l'orient» .
Sous le symbole de «l'orient», c'est l'esprit qui est à la recherche de se propre source, source nocturne et invisible. Dans un passage de «Was ist Metaphysik», cette remontée aux sources est un «agir à rebours». Sans doute est-ce par une réflexivité totale sur son propre acte d'être que l'esprit cherche à expérimenter sa présence, «Mais à présent, c'est pour les Indes que les hommes sont embarqués» (3). L'Inde, symbole du pays natal et de notre langue maternelle; «les Indes désignent le lieu où s'accomplit le tournant du voyage qui ramène désormais de l'Etranger au pays» (4), insiste Heidegger. La lointaine source jusqu'où se frayer un chemin dans le pays de l'indicible, n'est-ce pas précisément la région du Sacré? La nuit est le lieu d'une pensée silencieuse, d'une pensée du Silence, car la pensée tient sa vie de ce qu elle lutte avec Finformukble et, qu'en fin de compte, elle ne peut que se perdre à son sujet. Se taire ou bien, «le mot dictible reçoit sa détermination de l'indicible». Ce qui est inexprimable est ce qui échappe à nos prises... le divin? Une chose est certaine, c'est que ce terme (divin), exprime à sa manière l'expérience de l'absolu qui polarise toute recherche, et désigne l'aire qui balaie la pensée originelle.
La nuit est l'espace qui ouvre sur le sacré, (le divin); elle est hors du temps, inanalysable; ce qui ne cesse d'être toujours car, en tant qu'initiale, elle demeure en soi intacte et sauve. L'originellement sauf donne, par son omniprésence à chaque réel, l'heure de son séjour, c'est-à-dire un séjour de ténèbres permanent et constitutif, objectif, brutal et massif. «'Le Sacré est l'effrayant même», ambivalence de 1a nuit, frayeur et plénitude, lointaine et intime, souffrance et libération. «Le Sacré est l'intimité elle-même: il est le cœur... au-dessus des dieux et des hommes... plus ancien que l'étant... sa permanence est l'éternité de l'éternel. Le Sacré est l'intimité de toujours, il est ce cœur éternel» .
Expérience du simple du même, l'intimité est le chemin du retour à l'origine lointaine où «la terre natale nous est rendue» (8). En nous permettant d'écouter l'appel de l'Inaugural, 1a nuit est bien ainsi que l'affirmait Novalis: «le cœur puissant des révélations» . Depuis nos premières origines, nous sommes dans la nuit d'une provenance et d'un destin, notre nuit est un soleil, Sol Invictus. Nous sommes à tout moment sous le regard de l'être, voués à l'appel de l'abîme de la nuit, toutes les choses du monde ne sont ce qu'elles sont qu'en se détachant sur un fond obscur, elles en naissent et lui demeurent attachées. Nous savons que la terre ne s'ouvre que là où ses secrets sont protégés, là où une marge d'obscurité demeure inviolée. La Terre veut rester cachée, elle est ce qui dissimule essentiellement... le vertige de l'être. Le saut dans l'abîme n'exprime rien d'autre que le vertige de l'être; être, abîme et nuit échangent leurs déterminations afin de renforcer leur appartenance réciproque dans le même. Le «même», dit en un autre mode ce que laissait entendre la seconde accentuation du principe de raison: «Rien n'est sans raison». Tel qu'il est chanté par Hésiode et Holderlin, l'abîme de la nuit n'est pas la confusion trouble et l'indifférent pêle-mêle de ce qui s'effondre dans l'immonde; l'abîme que l'hymne hôlderlinien aux Titans nomme «Celui qui retient tout», est l'un des contraires extrêmes du Monde. Porté par laTerre maternelle, l'Abîme est «l'Ouvert» qui recueille l'ensemble de choses, en lui se laisse deviner le point immobile et silencieux autour duquel tout s'enlace.
L'abîme de la nuit est ce qui tient le Monde en balance et, comme «centre» (die Mitte), attire l'étant autour de lui pour libérer la ronde des anneaux de l'illusoire manifestation. La nuit dit le libre jeu de l'être, qui fonde le cercle des étants enroulés autour de lui. Tel est le centre calme du monde là où depuis toujours danse Shiva
! Natitija sur la cime des nuits. Semblable à l'enfant d'Héraclite qui pousse ses pions sur un damier, en son innocente et libre royauté, l'être dispense sa nuit abyssale, voilà pourquoi: «le sage entre dans l'être qui est partout et ne s'en distingue plus, comme l'eau dans l'eau, l'air dans l'air, le feu dans le feu, la nuit dans la nuit» . "

Jean-Marc Vivenza 1994.

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21/02/2015

Nous irons jusqu'aux plus hautes cavernes qui sont très cachées et nous y goûterons le suc des grenades.

"La blanche colombe
Est rentrée dans l'arche avec le rameau, 
Et déjà la tourterelle
A trouvé son compagnon tant désiré
Sur les rives verdoyantes"
(Saint Jean de la Croix, Le cantique spirituel, Strophe XXXIII)

"Jouissons l'un de l'autre, ô mon Bien-Aimé,
Et allons nous voir dans votre beauté,
Sur la montagne et sur la colline
D'où coule l'eau limpide,
Pénétrons plus avant dans la profondeur."
(Saint Jean de la Croix, Le cantique spirituel, Strophe XXXV)

"Et ensuite nous irons
Jusqu'aux plus hautes cavernes de la pierre
Qui sont très cachés,
C'est là que nous entrerons 
Et nous y goûterons le suc des grenades."
(Saint Jean de la Croix, Le cantique spirituel, Strophe XXXVI)

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Aujourd’hui chacun peut accéder au Sanctuaire, franchir et passer au-delà le voile qui a été déchiré de haut en bas

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« Et le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas » ( Marc XV, 38).

«  Depuis la venue du Divin Réparateur et son sacrifice sur le bois de la Croix, plus aucune barrière limitative, plus aucun voile n’interdit l’accès au Sanctuaire.

Désormais, chaque âme de désir, accueillant dans son cœur les vérités de l’Evangile, est en mesure – et même en droit- d’entrer librement dans le Saint des Saints, pour participer au culte divin. La conséquence de cette disparition des empêchements légalistes, de la destruction des frontières de séparation, autorise chaque âme de désir à entrer dans le Sanctuaire, à traverser le voile, qui est, concrètement, la chair spirituelle du Divin Réparateur, afin de nous unir à lui en sainteté.

 (…) En effet, le Divin Réparateur a entièrement bouleversé les ordonnances antiques de la religion judaïque devenues absolument caduques, à une période où une caste sacerdotale formait comme un écran, une séparation, un obstacle infranchissable entre l’homme et le divin. Aujourd’hui chacun peut accéder au Sanctuaire, franchir et passer au-delà le voile qui a été déchiré de haut en bas lors du Vendredi Saint.

 (…) L’Arche, est maintenant visible, non dissimulée derrière le voile du Temple, et, par pure grâce, l’âme peut s’en approcher et l’admirer, car le christianisme véritable, ainsi que le déclare Saint-Martin, nous permet de contempler Dieu « à découvert », en son intime essence au « sein de notre être »

 (…) Jésus-Christ, comme nous le montre les évangiles, n’avait aucunement sa place au milieu du « camp d’Israël », dans une région terrestre attachée à une religion charnelle, de même que nous, à sa suite, n’avons plus notre place dans les systèmes religieux mondains rivés au domaine de la terre, attitude de dégagement qui nous est signalé par cette phrase : «  sortons vers lui hors du camp ». La position des âmes de désir à présent est donc, d’une part d’être en « esprit » dans le Sanctuaire céleste, là où le Grand Sacrificateur célèbre le culte éternel, et, en leurs enveloppes matérielles, sur la terre, de se retirer, physiquement et spirituellement, « hors du camp »

 (…) Mais ce « Royaume » est, d’abord et avant tout , le Sanctuaire du ciel, là où se célèbrent les cérémonies éternelles consacrées à chanter la Gloire de Dieu, Temple invisible aux yeux de chair, éloigné des sphères corrompues de ce monde, « Royaume » dont les portes ont été ouvertes par le Divin Réparateur. 

 (…) C’est pourquoi, si Dieu est « Esprit », alors son « adoration », ce qui signifie la manière de lui rendre notre culte, doit également, et de façon impérative si nous désirons nous conformer à l’essence divine, se faire « en esprit », de sorte d’être en harmonie réelle avec la nature transcendante de l’Être éternel et infini. »

J-M Vivenza ( « Le Culte en "Esprit" de l'Eglise Intérieure », extraits)

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