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05/03/2015

Âlaya-Vijnâna, "conscience germe", "conscience de tréfonds", enfouie et invisible aux sens dans l'école Bouddhiste du Yogâcâra.

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"Asanga refusera d'accorder toute forme de crédibilité à la notion même de "matérialité" (rûpa), car pour lui la prétendue matérialité est totalement dépourvue d'existence, ainsi que l'atome ( anu, parmânu), qui ne représente, en lui-même, qu'une notion contradictoire et inexacte, un concept infondé dénué de valeur théorique. Asanga s'expliquera parfaitement sur ce point, nous dévoilant la clé secrète qui nous permet de comprendre comment se structurent, s'articulent les idées fausses, comment se construisent, en nous, les conceptions irréelles : "Nous disons que la matière est formée d'atomes ou que les êtres intelligents sont des personnes, c'est nous qui les posons par le fait que nous en avons l'idée. Grâce à notre perception prend naissance un monde extérieur qui n'a aucune réalité" ( Mahâyânasûtrâlankâra). C'est donc si l'on suit attentivement Asanga dans sa réflexion, par l'effet induit de notre connaissance, par l'exercice de notre conscience débouchant sur une sorte de projection idéalisée de notre propre esprit, qu'apparaît, à nos yeux, un monde purement illusoire auquel nous conférons une réalité qu'il ne possède absolument pas, qu'il n'a jamais eue et qu'il n'aura jamais, si ce n'est, bien évidemment, dans notre rêve, dans notre étroit et réducteur sentiment personnel que l'on peut considérer comme, purement et simplement, vide d'essence.

(...) C'est donc bien la connaissance, l'acte de la conscience, qui est à l'origine de l'erreur, c'est la conscience ( vijnâna), pénétrée et travaillée par les semences karmiques ( vâsanâ), qui se trompe lourdement et se méprend sur l'interprétation qu'il convient de donner aux impressions immédiates qui traversent en permanence les facultés de perception. C'est la connaissance par l'effet du dédoublement se produisant continuellement entre le sujet et l'objet, qui se trouve donc à la source de l'illusion, c'est elle qui est responsable des impressions fallacieuses et des absurdes certitudes qui nous emprisonnent tragiquement à l'intérieur d'un univers dépourvu de vérité.

(...) En ce sens, la seule vérité qualifiant l'existence et la non-existence, située à la source originelle de l'être et du non-être, est la pure pensée indifférenciée, la pensée germe, la conscience inconsciente contenant tout, bien que vide de tout, qu'Asanga nommera âlaya-vijnâna, et que l'on peut traduire par "conscience réceptacle" , "conscience de tréfonds", "conscience héréditaire" ou encore "conscience germe". C'est cette conscience des tréfonds qui est l'origine impersonnelle renfermant la totalité des expériences parcellaires et fragmentaires.

(...) Intensifiant le premier acte conscient, la conscience de la conscience est bien un surprenant degré d'intériorisation  plaçant l'esprit devant un quasi-"Infini", un "Tréfonds" qu'Asanga identifie au germe universel et qu'il théorise comme étant l'âlaya-vijnâna, la "conscience réceptacle". Il nous est ainsi donné de comprendre que l'originalité du cogito d'Asanga vient de ce que sous la pensée qui apparaît à la conscience, il découvre non seulement l'être pensant en tant qu'existant, mais, surtout, la conscience universelle, l'âlaya-vijnâna, "la conscience de tréfonds", enfouie et invisible aux sens, qui permet et autorise toute pensée, qui éclaire la conscience par elle-même, qui fonctionne et opère comme un creuset, un réceptacle dans lequel va puiser et de dépenser l'ensemble des pensées.

Dépassant l'étroite limitation du moi, la conscience est alors pénétrée, traversée en tant que réalité englobante, elle peut alors s'approcher de la "très pure conscience originellement lumineuse [...] affranchie du fini et de l'infini." ( Lankâvatârasûtra). "

Jean-Marc Vivenza " Tout est conscience, une voie d'éveil bouddhiste", chap. "principes théoriques du Yogâcara", extrait.

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28/02/2015

La lucidité à l’égard de cette chair de corruption, participe ainsi de l’effroi et du saisissement, par où commence à apparaître et à surgir l’homme nouveau qui se réveille de ses illusions

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« Ce que l’on désigne comme étant le « vieil homme », c’est-à-dire la nature mauvaise reçue à notre naissance qui fit confesser au roi David : «  J’ai été enfanté dans l’iniquité, et dans le péché ma mère m’a conçue » (psaume LI, 5), est une racine charnelle, entièrement corrompue en son germe, une essence flétrie définitivement, expliquant pourquoi chercher à le modifier est une entreprise vaine et inutile.

(…) La lucidité à l’égard de cette chair de corruption, participe ainsi de l’effroi et du saisissement, par où, d’ailleurs, commence à apparaître et à surgir l’homme nouveau qui se réveille de ses illusions. Saint Martin décrit parfaitement la douloureuse situation de l’âme confessante, se voyant tout à coup telle qu’elle est.

(…) La nature de chair, en l’homme, appartient au composé matériel, elle est, comme lui, constituée de substances impures, mixtes, désorganisées et dégradées, de résidus souillés – tant physiques que psychiques – d’éléments puissamment empoisonnés, insolubles dans les régions de l’Esprit, et c’est pourquoi, entre l’Esprit et la chair, nulle union ne peut être réalisée ni même imaginée un seul instant ; les deux domaines, qui s’opposent radicalement en leurs origines, sont absolument antagonistes et étrangers l’un à l’autre, ce que souligne avec force le Divin Réparateur : «  Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. » (Jean III, 6).

Si les deux natures sont à ce point différentes et dissemblables en raison de leurs provenances – l’une, émanée de Dieu est d’essence lumineuse (lumière qui est « le premier vêtement de l’âme »), l’autre ténébreuse, provient de la chair déchue -, cela signifie que la première est divine et pure et que la seconde est terrestre et infectée, avec pour conséquence de conduire les deux essences qui composent l’homme en ce monde à deux destinations différentes :

. 1°) L’éternité immatérielle et le devenir surnaturel pour l’Esprit ;

. 2°) La dissolution pour la nature charnelle qui, après sa décomposition, sera à tout jamais anéantie et s’évanouira entièrement comme n’ayant jamais existé.

Cette double loi, portant l’Esprit vers sa demeure  d’immortalité et la matière à son anéantissement, est rappelée ainsi par Saint-Martin qui utilise l’image du feu consumant la corruption en montant vers le ciel.

(…) lorsque nous avons  vraiment compris, et intégré intiment en nos fibres, le fait « qu’autour de nous les réalités engendrées sont corrompues avant d’être mortes », alors se change radicalement notre rapport au monde, nous faisant passer d’un mode existentiel superficiel et artificiel fondé sur la recherche  des biens passagers et l’accumulation des richesses et des pouvoirs , à un état de souverain abandon uniquement situé dans « l’Être », cette brutale transformation ayant pour effet de désobstruer les portes du cœur, d’ouvrir notre temple intérieur à la possible action divine opérant, par pure grâce, et qui interviendra, si Dieu le juge utile et nécessaire, au moment voulu, non lorsque nous l’aurons décidé, mais lorsque le Divin Réparateur le considérera souhaitable.

(…) Le sacrifice de la volonté, qui constitue un élément revenant très souvent sous la plume de Saint-Martin, est la seule attitude face à une situation dont nous savons qu’elle ne conduit qu’à une issue fatale pour toutes choses vivantes, consistant aussi, sur le plan sacerdotal, le vrai « holocauste », le sacrifice réel sur l’autel du cœur dont l’offrande nous libère des chaînes de la prévarication »

 J-M Vivenza («  Le Culte en « Esprit » de l’Eglise Intérieure », extraits)

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22/02/2015

Alors qu’il avait été placé au centre de la création universelle, crée supérieur aux anges en dignité et en pouvoir, Adam se laisse séduire par l’adversaire de Dieu et dégénère de sa forme glorieuse en étant précipité dans un corps de matière ténébreuse

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« Adam fut établi, on a certes de la peine à l’imaginer aujourd’hui, en un splendide et magnifique état de gloire et non en un vil corps de matière. 

(…) Auxiliaire privilégié de l’Eternel, Adam vivait dans une intimité profonde avec le Créateur, il lui avait été confié un pouvoir considérable car Dieu plaçait en son mineur de nombreux espoirs : « Adam, dans son premier état de gloire, était le véritable émule du Créateur. Comme pur esprit, il lisait à découvert les pensées et les opérations divines. » ( Traité, 8.) Bien au-dessus des autres classes d’esprits, le mineur quaternaire surgissait à l’être dans son innocente pureté, en effet il n’avait pas été témoin de la prévarication primitive et était donc, à la différence des esprits émanés antérieurement, exempt de toute souillure ; il n’y avait en lui aucune trace, aucune ombre, aucune mémoire de la prévarication originelle.

Nous devons ainsi prendre conscience qu’Adam, par ce que nous révèle Martinès, fut tout d’abord, dans sa première propriété, pourvu d’un corps de gloire et non pas façonné avec de la glaise ou de l’argile, ce qui n’adviendra, pour son malheur, qu’après la Chute. L’Eternel, qui ne peut être l’auteur du mal et de la mort, de la corruption des corps et de la dégradation, conféra à Adam, après l’avoir produit conformément à son image et selon sa ressemblance, un « verbe de création » le détachant de son « immensité divine pour être homme-Dieu sur la terre […] Adam avait donc en lui un verbe puissant, puisqu’il devait naître de sa parole de commandement, selon sa bonne intention et sa bonne volonté spirituelle divine, des formes glorieuses impassives et semblables à celle qui parut dans l’imagination du Créateur ». (Traité, 47.)

Nous voyons qu’Adam jouissait d’un immense privilège, et Martinès nous apprend à distinguer très nettement la primitive origine d’Adam, qui n’est point d’ordre temporel, de son entrée dans l’Histoire lors de sa Chute et de sa tragique « incorporisation » dans une forme de matière qui, elle seule, en réalité, est l’objet de la paléontologie ou de la préhistoire biologique de l’humanité. L’Adam originel n’est pas l’ancêtre de l’homme actuel.

(…) Alors Adam décida, dans une sorte de vertigineuse folie, de se livrer à une quatrième opération qu’il exécuta afin de procéder à une action de création perverse et criminelle.

(…) L’irréparable venait de se produire ; conjuguant le crime et la trahison, l’abjection et l’absence totale de scrupule, piétinant les saint commandements de la Divinité, méprisant les sages conseils du Seigneur qui le chérissait, Adam, s’élevant rageusement contre les lois de l’Eternel, venait de procéder à un acte insensé et hautement coupable de création, il venait d’accomplir ce péché des origines, ce tristement célèbre « péché originel », répétant à son tour « ce que les premiers esprits pervers avaient conçu d’opérer, pour devenir créateurs au préjudice des lois que l’Eternel leur avait prescrites pour servir de bornes dans leurs opérations spirituelles divines ».

(…) On mesure  peut-être mieux, à cet instant, ce que signifiait pour Martinès la situation de l’homme qui fut placé dans un environnement qui n’était pas, originellement, le sien, ce que représentait la dureté de son exil, de son enfermement dans un corps qu’il assumera, difficilement, au sein d’un milieu qui lui était étranger.

(…) Adam, selon Martinès, par sa chute, entraîna à sa suite le monde crée dans une horrible dépravation ; les traces du mal y sont universellement visibles, et la souffrance, la mort, l’adversité, les ronces, les épines et bien d’autres choses encore, témoignent tragiquement de cette sinistre réalité.

 « Adam, par sa création de forme passive matérielle, a dégradé sa propre forme impassive, de laquelle devaient émaner des formes glorieuses comme la sienne, pour servir de demeure aux mineurs spirituels que le Créateur y auraient envoyés. » (Traité, 23.) »

 J-M Vivenza (Le Martinisme, l’enseignement secret des Maîtres, extraits)

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« Alors qu’il avait été placé au centre de la création universelle, crée supérieur aux anges en dignité et en pouvoir, Adam se laisse séduire par l’adversaire de Dieu et dégénère de sa forme glorieuse en étant précipité dans un corps de matière ténébreuse. Cette chute terrifiante, cette « dégénérescence » cette sortie de son espèce correspondant à la perte de son « genre » en étant dépossédé des caractéristiques glorieuses de son origine s’effectua par un emprisonnement dans les fers scandaleux de cette même matière dont il devait, pourtant, extraire les esprits révoltés afin qu’ils opèrent leur réconciliation.

La chute d’Adam se traduisit par son incorporisation dans une forme de matière terrestre que Dieu réprouva et rejeta, car résultant d’une œuvre impure qui le plongera dans les ténèbres.

(…) La Création du monde matériel, avant l’émanation d’Adam, lieu de « privation » et de « misère impure », a été crée pour servir de prison aux esprits pervers.

Lorsque Adam à son tour prévarique, il opère un second changement qui amplifie, mais succède en réalité à la première prévarication et le précipite à son tour dans le lieu de « privation » et de « misère impure », crée pour servir de prison aux esprits pervers, où il va à son tour, lui qui avait été non crée, mais émané, être transmué, métamorphosé en une forme de matière ténébreuse.

(…) Quant à la place occupée par Adam originellement, elle a été souillée puis purifiée par l’Eternel, et c’est dans ce lieu de nouveau saint, ce cercle qui n’aurait point été émané s’il n’y avait eu une première prévarication – de même qu’il n’y aurait pas eu de création matérielle- que la postérité humaine doit être réintégrée. »

 J-M Vivenza (La doctrine de la réintégration des êtres, extraits)

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