Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/01/2015

Mourir à soi-même c’est naître à la lumière de « l’Un »

524775_643042112379467_1488823742_n.png

« Dépourvu d’indépendance, de liberté ontologique, condamné à la mort, l’homme s’est ainsi regardé comme un esclave, une créature enchaînée et contrainte, un « détenu métaphysique ».

(…) Il faudrait être aveuglé pour nier l’évidence d’une ingrate et pénible situation, d’un affligeant état dont la charge pèse très lourdement sur les âmes meurtries et affectées.

Le mal a pénétré toutes les sphères, la moindre parcelle de vie, «  le mal a tout souillé, et, dans un sens très vrai, tout est mal puisque rien n’est à sa place. […] Tous les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses », réaffirmera avec sévérité Joseph de Maistre. L’ami de l’austère comte savoyard, Louis-Claude de Saint-Martin, quand à lui, voyant en Dieu la bonté de son cœur, pleurant sur ses enfants éloignés des bienfaisantes consolations de l’Amour, nous demandera surtout et en premier lieu, d’examiner l’étendue de notre responsabilité : « Puisque nous ne pouvons imputer à la suprême sagesse d’avoir conspiré en rien avec nous dans l’abus de ces sublimes privilèges, nous sommes forcés d’en attribuer tous les torts à la puissance libre de notre être, laquelle étant fragile par sa nature s’est livrée à sa propre illusion, et s’est précipité dans l’abîme de sa propre faute […] nous ne pouvons plus être que les témoins de l’opprobre et du mensonge. » (L.-C de Saint-Martin, Ecce Homo, § II & III.)

(…) C’est pourquoi la mort, nous apprendront nos maîtres dans l’initiation, est amenée, insensiblement, par l’effet d’une étrange mutation, à se transformer, de signe de réprobation qu’elle était, en une possibilité jusqu’alors inaperçue. Lorsque l’homme ne se regarde plus comme un être de nature, lorsqu’il ne considère plus son état comme relevant d’une normalité existentielle, alors se manifeste en lui une intuition transcendante capable de le faire accéder à un autre ordre des choses, à un autre « ordre de science » selon la remarquable expression qu’emploiera Jean-Baptiste Willermoz.

Cet autre « ordre » ici évoqué, est au fond la seule chance offerte aux hommes pour parvenir à la guérison des maux qui les dévorent, l’unique manière de transformer une douloureuse situation en un profitable remède.

La mort, d’ignominieuse détermination, peut devenir un instrument de délivrance, un moyen de régénération.  

(…) Il est bien évidemment question de la mort au monde profane, mais plus encore de la mort à soi-même, mort transformatrice vers un nouveau mode d’être. Fénelon ( 1651-1715) prévient : « Il faut sans cesse mourir à vous-même afin d’entrer dans cette pratique de mort qui est le fond du christianisme. » (Fénelon, Œuvres, t.VIII, 1850.). En effet la mort à soi-même est l’exercice majeur apte à rendre l’initié capable de la lumière transcendante et immanente. Mourir à soi-même c’est naître à la lumière de « l’Un » par la mise en œuvre de la calcination, le feu divin embrasant l’âme à la lumière de sa vérité et l’invitant à participer au mystère de son être.

Cependant, le chemin de cette mort, bien que symbolique, n’est pas facile : «  pour parvenir à cet heureux terme, tu devras faire un travail pénible, chercher, persévérer et souffrir », mais le but semble assuré et, si le candidat est entouré de ténèbres on lui parle de la lumière qui lui est promise. Le rayon de lumière reçu lors de l’initiation est ainsi l’image de la projection de la vérité de l’Être, car c’est de l’Orient que nous vient cette lumière, et il convient donc d’y « orienter » notre désir à tout moment, d’autant que les ténèbres vont s’épaississant augmentant les difficultés à surmonter afin de rejoindre la source de clarté.

(…) Avancer vers son terme de lumière, telle est l’énergie substantielle qui nourrit le feu intérieur de l’homme, telle est aussi l’essence de la voie initiatique qui demande et exige une pratique assidue et constante. Avancer vers son terme de lumière en mourrant aux ténèbres du désordre en faisant agir sur soi-même, par la mise en œuvre de la vertu, le feu dévorant de la calcination pour devenir un feu de lumière, tel pourrait bien être aussi le sens de la devise du Phénix « Perit ut Vivat » ; il faut qu’il périsse pour qu’il vive.

La quête de la lumière, par le moyen de la vertu dont il est demandé d’opérer la mise en œuvre lorsque sont pris les engagements maçonniques, est donc aussi, et nécessairement, une quête de la mort transfiguratrice, une mort qui se trouve être la seule véritable et authentique vie, car « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean III, 3-9). 

(...) L'oeuvre de la mort sera ainsi oeuvre de vie, le retour à l'unité, le désencombrement de l'être, la décréation souveraine qui révélera la scintalla animae, la petite flamme de l'âme, principe par lequel l'homme participera à l'Être incrée en rentrant vivant dans la mort.

"Ce n'est que par la mort... que la Déité démembrée sera restaurée dans son integrité et plénitude première." ( Abbé Stephane, Introduction à l'ésoterisme chrétien, Dervy.) »

 Jean-Marc Vivenza (« La Clé d’Or et autres écrits maçonniques », extraits)

Fenix Grabado.jpg

14/01/2015

Ce lieu est celui où règne le silence nocturne, là où s’enracinent les premières lumières de la pensée matinale du Logos.

« Lorsque Martin Heidegger écrit, que « l’essence du Dasein consiste en son existence », il faut laisser de côté le sens qu’a ce mot dans la philosophie classique : acte premier qui situe un être hors du néant, hors de ses causes, et le comprendre comme cette possibilité qui caractérise l’homme d’expérimenter une ouverture où il doit se soumettre dans le dépouillement de toute chose, lieu « dans l’ouverture duquel l’être lui-même se dénonce et se cèle, s’accorde et se dérobe. »

Cet espace, ce lieu, est celui où règne le silence nocturne des vérités impensables, inexprimables, là où la pensée retourne en son silence originel ; l’existence dans la plénitude de son inexistence. Moment non manifesté, « non né », « non advenu ». Temps inexistant pour un lieu sans localisation. Pour une parole vide de son silence, un dire vide du vide lui-même. Un inconnu à jamais indicible et obscur, une ténèbre insondable et invisible. L’intense abîme du néant en son rien. En cet informulable où prend source toute pensée de la non-pensée, où s’origine le contact ontologique fondamental, où s’enracinent les premières lumières de la pensée matinale du Logos. La patrie nécessairement oubliée de l’Être. »

 Jean-Marc Vivenza, La Clé d’Or et autres écrits maçonniques, extrait.

bois.jpg

12/01/2015

Pour ce qui concerne le sens des ténèbres

«  Ce dont il est question lorsque l’on parlait des ténèbres  au pluriel, (…), l’on faisait référence à cette notion dans certains écrits religieux en la distinguant nettement de la Ténèbre  signalant l’extrême transcendance ineffable de Dieu, représentait le monde même.

En effet, selon Scot Erigène, le mot monde possède un triple sens, celui d’être :

1° Le monde invisible des esprits spirituels ;

2° Le monde matériel concret des corps et des choses ;

3° L’homme lui-même en tant que capacité unificatrice des deux premiers mondes.

 Le troisième sens qui nous occupera plus particulièrement de par notre soucis de nous pencher plus particulièrement sur la « science de l’homme » , soulignons-le, participe d’une conception conforme à celle de Saint Augustin et Grégoire de Nysse, conférant ainsi un statut unique à l’humanité dans le plan de la création.

(…) Les ténèbres qui refusent la lumière représentent donc l’homme lui-même, les ténèbres les plus épaisses, les ténèbres de l’incompréhension et du rejet, les ténèbres de l’aveuglement volontaire.

Eloigner les ténèbres, c’est ce que demande le système initiatique fondé par Jean-Baptiste Willermoz au XVIII° siècle, système connu sous le nom de Régime Ecossais Rectifié,  rite maçonnique puisant aux sources même du courant connu sous le nom d’Illuminisme. Etant invité à se séparer des ténèbres pour choisir la lumière. (…) Être initié, c’est donc d’abord, concrètement, après avoir écarté et éloigné le monde obscur, recevoir la « Lumière », accepter l’invitation transformatrice.

(…) Nous percevons ainsi, à ce stade, que le drame qui va se dérouler sur le plan spirituel, symboliquement, est en fait l’affrontement direct de la lumière et des ténèbres, ceci expliquant certainement pourquoi le monde matériel est assimilé aux ténèbres dans les différentes traductions du texte évangélique, dont celle utilisée pour entourer le Delta maçonnique en  loge, et que ces ténèbres caractérisent l’homme en son état actuel. 

(...) Nul ne peut ainsi douter, au moment ou les conclusions des sciences modernes rejoignent celles des grandes figures de l'ésotérisme et les méditations des maîtres spirituels, de l'extrême fragilité de l'homme, de sa chétive constitution psychique et animique, du caractère profondément délabré et menacé de son être, éléments singulièrement problématiques qui nécessitent un traitement particulier et des soins vigilants, qui ne peuvent être dispensés que par une société protectrice, vigilante, une société initiatique prévenante et bienfaisante dont la fonction, précisément, est de travailler au salutaire réveil et à la douce réparation intérieure des créatures qui se sentent étrangères, perdues et comme égarées en ce monde. »

 Jean-Marc Vivenza ( La Clé d’Or et autres écrits maçonniques, extrait)

61522_778245858871778_1702719804_n.png