Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/07/2015

J-M Vivenza, Sur la Nuit éternelle...

10981962_337475826450652_7952703190717322608_n.jpg

"Sur la Nuit éternelle..."

 

"La nuit n'est pas uniquement une simple forme d'alternance au jour dont elle serait le pendant sombre et mystérieux, la nuit est source, fondement et origine. De l'abîme en quoi elle a son séjour, elle tend, comme aspiration irréductible, vers l'insondable et le voilé. La nuit est le coeur de l'être en ce qu'il a d'obscur et d'énigmatique; voie par le vide que nos pas doivent cheminer.
L'image de la source exprime à merveille la soif des origines qui nous brûle; la source de tout, c'est «l'Un» unissant, c'est le silence dont il faut écouter le murmure qui se répand à travers les multiples états de la nuit. Il faut citer ce texte suggestif: «La source ne se révèle comme la source qu'après que le cours du fleuve a été reconnu jusqu'à la mer. C'est pourquoi la marche vers la source est le retour vers elle dans 1a direction opposée à celle du cours habituel du fleuve, et ainsi cette marche doit d'abord éloigner de la source au lieu de conduire directement vers elle» . Hôlderlin n'a-t-il pas écrit: «Mais voici que ce fleuve semble presque vouloir remonter à la source et il me semble venir de l'orient» .
Sous le symbole de «l'orient», c'est l'esprit qui est à la recherche de se propre source, source nocturne et invisible. Dans un passage de «Was ist Metaphysik», cette remontée aux sources est un «agir à rebours». Sans doute est-ce par une réflexivité totale sur son propre acte d'être que l'esprit cherche à expérimenter sa présence, «Mais à présent, c'est pour les Indes que les hommes sont embarqués» (3). L'Inde, symbole du pays natal et de notre langue maternelle; «les Indes désignent le lieu où s'accomplit le tournant du voyage qui ramène désormais de l'Etranger au pays» (4), insiste Heidegger. La lointaine source jusqu'où se frayer un chemin dans le pays de l'indicible, n'est-ce pas précisément la région du Sacré? La nuit est le lieu d'une pensée silencieuse, d'une pensée du Silence, car la pensée tient sa vie de ce qu elle lutte avec Finformukble et, qu'en fin de compte, elle ne peut que se perdre à son sujet. Se taire ou bien, «le mot dictible reçoit sa détermination de l'indicible». Ce qui est inexprimable est ce qui échappe à nos prises... le divin? Une chose est certaine, c'est que ce terme (divin), exprime à sa manière l'expérience de l'absolu qui polarise toute recherche, et désigne l'aire qui balaie la pensée originelle.
La nuit est l'espace qui ouvre sur le sacré, (le divin); elle est hors du temps, inanalysable; ce qui ne cesse d'être toujours car, en tant qu'initiale, elle demeure en soi intacte et sauve. L'originellement sauf donne, par son omniprésence à chaque réel, l'heure de son séjour, c'est-à-dire un séjour de ténèbres permanent et constitutif, objectif, brutal et massif. «'Le Sacré est l'effrayant même», ambivalence de 1a nuit, frayeur et plénitude, lointaine et intime, souffrance et libération. «Le Sacré est l'intimité elle-même: il est le cœur... au-dessus des dieux et des hommes... plus ancien que l'étant... sa permanence est l'éternité de l'éternel. Le Sacré est l'intimité de toujours, il est ce cœur éternel» .
Expérience du simple du même, l'intimité est le chemin du retour à l'origine lointaine où «la terre natale nous est rendue» (8). En nous permettant d'écouter l'appel de l'Inaugural, 1a nuit est bien ainsi que l'affirmait Novalis: «le cœur puissant des révélations» . Depuis nos premières origines, nous sommes dans la nuit d'une provenance et d'un destin, notre nuit est un soleil, Sol Invictus. Nous sommes à tout moment sous le regard de l'être, voués à l'appel de l'abîme de la nuit, toutes les choses du monde ne sont ce qu'elles sont qu'en se détachant sur un fond obscur, elles en naissent et lui demeurent attachées. Nous savons que la terre ne s'ouvre que là où ses secrets sont protégés, là où une marge d'obscurité demeure inviolée. La Terre veut rester cachée, elle est ce qui dissimule essentiellement... le vertige de l'être. Le saut dans l'abîme n'exprime rien d'autre que le vertige de l'être; être, abîme et nuit échangent leurs déterminations afin de renforcer leur appartenance réciproque dans le même. Le «même», dit en un autre mode ce que laissait entendre la seconde accentuation du principe de raison: «Rien n'est sans raison». Tel qu'il est chanté par Hésiode et Holderlin, l'abîme de la nuit n'est pas la confusion trouble et l'indifférent pêle-mêle de ce qui s'effondre dans l'immonde; l'abîme que l'hymne hôlderlinien aux Titans nomme «Celui qui retient tout», est l'un des contraires extrêmes du Monde. Porté par laTerre maternelle, l'Abîme est «l'Ouvert» qui recueille l'ensemble de choses, en lui se laisse deviner le point immobile et silencieux autour duquel tout s'enlace.
L'abîme de la nuit est ce qui tient le Monde en balance et, comme «centre» (die Mitte), attire l'étant autour de lui pour libérer la ronde des anneaux de l'illusoire manifestation. La nuit dit le libre jeu de l'être, qui fonde le cercle des étants enroulés autour de lui. Tel est le centre calme du monde là où depuis toujours danse Shiva
! Natitija sur la cime des nuits. Semblable à l'enfant d'Héraclite qui pousse ses pions sur un damier, en son innocente et libre royauté, l'être dispense sa nuit abyssale, voilà pourquoi: «le sage entre dans l'être qui est partout et ne s'en distingue plus, comme l'eau dans l'eau, l'air dans l'air, le feu dans le feu, la nuit dans la nuit» . "

Jean-Marc Vivenza 1994.

homme cosmique.jpg

28/06/2015

La prévarication a fait descendre l’homme sur cette surface et l’a précipité dans un monde tout opposé à celui pour lequel il avait été émancipé

blackplanet.jpg

« Vois donc quels étaient les privilèges que l’Eternel avait accordés à l’homme. Ce sont ces trois mondes, le divin, le surcéleste et le céleste, qui te font connaître les trois règnes spirituels de la Divinité. C’était dans le dernier de ces mondes, ou le céleste, que devait être la demeure du premier mineur. Si ce mineur n’avait point prévariqué, il aurait toujours occupé le centre des quatre régions célestes, comme étant l’être le plus puissant, il aurait actionné et opéré dans ce monde céleste comme pur esprit divin, tout être spirituel aurait obéi à sa pensée et à sa volonté. Oui, si ce premier mineur n’eût point prévariqué, il ne serait jamais devenu habitant de ce monde terrestre matériel, il n’aurait point désuni sa puissance divine quartenaire pour la rendre simplement inférieure et ternaire, ainsi que te le prouve le simple triangle sensible où sont attachés trois corps planétaires, la Lune, Vénus et Jupiter. Mais cette prévarication a fait descendre l’homme sur cette surface et l’a précipité dans un monde tout opposé à celui pour lequel il avait été émancipé. Tu vois en effet que le monde céleste conserve toujours la forme de son origine et sa similitude avec le surcéleste et le divin, mais le monde inférieur n’a qu’une forme matérielle et différente de celle des trois mondes supérieurs. C’est par la désunion que tu aperçois dans le double triangle de ce monde sensible que tu peux concevoir la privation du premier mineur et de ceux qui résident dans ce lieu de ténèbres, privation qui assujettit ces mineurs spirituels aux peines du corps et à celles de l’esprit. Ce cercle sensible est aux mineurs, depuis la prévarication de l’homme, ce que l’immensité surcéleste et l’espace universel sont aux démons. Tu sais néanmoins que l’avantage que les hommes ont sur les démons, c’est de pouvoir à leur gré et à leur volonté, rompre leur borne et de pouvoir actionner comme purs esprits, quoique sujets au temps. Telle est l’idée que tu dois concevoir de la puissance actuelle de l’homme. Quant aux esprits du surcéleste, il est à propos que je t’instruise de leur émancipation, de leurs différentes facultés et de leur puissance, afin que tu voies clairement le véritable rapport et la correspondance qu’ils ont tant avec l’immensité divine qu’avec le monde céleste et avec les mineurs habitants de cette surface céleste. »

 

Martinès de Pasqually ( Traité sur la réintégration des êtres, § 242  « Grand discours de Moïse : Privilèges de l’homme. »)

skulllll.jpg

10/06/2015

La création matérielle, à la lumière de Martines de Pasqually.

 

tableau_universel_mp (1).jpg

planetary-rings (1).jpg

« Ces premiers esprits ayant conçu leur pensée criminelle, le Créateur fit force de lois sur son immutabilité en créant cet univers physique en apparence de forme matérielle, pour être le lieu fixe où ces esprits pervers auraient à agir et à exercer en privation toute leur malice. Il ne faut point comprendre dans cette création matérielle l’homme, ou le mineur, qui est aujourd’hui au centre de la surface terrestre, parce que l’homme ne devait faire usage d’aucune forme de cette matière apparente, n’ayant été émané et émancipé par le Créateur que pour dominer  sur tous les êtres émanés et émancipés avant lui. Ce mineur ne fut émané qu’après que cet univers fut formé par la toute-puissance divine pour être l’asile des premiers esprits pervers et la borne de leurs opérations mauvaises, qui ne prévaudront jamais contre les lois d’ordre que le Créateur a données à sa création universelle. Il avait les mêmes vertus et les mêmes puissances que les premiers esprits, quoiqu’il ne fut émané qu’après eux. Il devint leur supérieur et leur aîné par son état de gloire et la force du commandement qu’il reçut du Créateur. Il connaissait parfaitement la nécessité de la création universelle, il connaissait de plus l’utilité et la sainteté de sa propre émanation spirituelle, ainsi que la forme glorieuse dont il était révêtu pour agir dans toutes ses volontés sur les formes corporelles actives et passives. C’était dans cet état qu’il devait manifester toute sa puissance pour la plus grande gloire du Créateur, en face de la création universelle, générale et particulière. »

Martines de Pasqually, « Traité sur la réintégration des êtres, § 6 La création matérielle »

nebullll.jpg