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04/01/2015

Dans le coeur et dans l'âme se trouvent la croix

"Où donc apparaît cette croix, et où doit-on la soulever? 
Je répondrai: de l'intérieur, c'est-à-dire, dans le coeur et dans l'âme; car, là où est le péché, là se trouve la croix. En effet, tout mal provient de l'intérieur: le Christ lui-même l'a enseigné: "De l'intérieur", dit le Christ, "du coeur de l'homme viennent les pensées mauvaises, les adultères, les fornications, les meurtres, les vols, la convoitise, la méchancete, la tromperie, l'impudicité, le regard malin, le blasphème, l'orgueil, la folie: tous ces maux viennent de l'intérieur, et souillent l'homme" ( Marc VII. 31-23). 
Le coeur de l'homme est le siège du péché, et lorsqu'il est souillé il doit être sanctifié: et là où il vit le péché, là même il doit mourir: il doit être crucifié. L'habitude du mal a fait que les hommes trouvent naturel de faire le mal; et, de même que l'âme gouverne le corps, de même une nature corrompue régit l'homme tout entier; mais, toujours, tout vient de l'intérieur".

 William Penn ( "Sans croix, point de couronne", extrait)

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14/12/2014

Le derviche tourne en harmonie avec les étoiles

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« Immobiles au milieu de l’enceinte, les derviches semblaient s’enivrer de cette musique si délicatement barbare et si mélodieusement sauvage, dont le thème primitif remonte peut-être aux premiers âges du monde ; enfin l’un d’eux ouvrit les bras, les éleva et les déploya horizontalement dans une pause de Christ crucifié, puis il commença à tourner lentement sur lui-même, déplaçant lentement ses pieds nus, qui ne faisaient aucun bruit sur le parquet. Sa jupe, comme un oiseau qui veut prendre son vol, se mit à palpiter et à battre de l’aile. Sa vitesse devenait plus grande ; le souple tissu, soulevé par l’air qui s’y engouffrait, s’étala en roue, s’évasa en cloche comme un tourbillon de blancheur dont le derviche était le centre. »

 Théophile Gautier (« Constantinople »)

 

« Point, origine et Pacte primordial sont une seule et même réalité, pour le derviche qui fait l’expérience de l’extase dans le samâ’. Leur conception de la Création est elle aussi essentielle pour la compréhension de la cérémonie. Rûmî affirme en effet que le passage du non-être à l’être est le fondement de la première extase. Or, l’origine à la fois métaphysique, par la création, et spirituelle, par l’appel divin des âmes, est le point de départ d’une toute autre interprétation du samâ’. La danse extatique devient alors une manière de revivre ces moments fondateurs de la vie du soufi. Revenir au point, en créant des cercles – qui sont aussi des points élargis- figure le retour à l’unité primordiale, celle du pacte des hommes avec Dieu, mais aussi celle de l’extase créatrice de Dieu. 

(...) Lorsque l'âme demeurait à l'ombre d'un arbre dans ce jardin parfait, le vent émanant de la grâce divine faisait tinter les clochettes qui étaient suspendues à ses branches. La musique produite par ce tintement plongeait dans l'extase les résidents de ce lieu; c'est pour cette raison que toute musique écoutée dans ce bas monde rappelle la musique des Origines. La musique provoque l'extase, elle rappelle la mélodie du Paradis et celle des sphères célestes.

L'écoute spirituelle de la musique entraîne aussi l'extase, car l'âme aspire à rejoindre le jardin d'Eden et s'approcher de Dieu, son Seigneur.

(…) Le samâ’, en tant que remémoration de la musique céleste, engendre dans l’âme un sentiment de nostalgie pour les origines. Nostalgie et origine forment un binôme spirituel doté d’une charge émotionnelle élevée. La nostalgie des Origines apparaît clairement dans le poème d’ouverture du Mathnawî : la plainte de la flûte, le ney, désigne l’aspiration de l’être humain à retourner vers Celui dont il est issu.

 (…) Le point est l’origine du cercle et le tournoiement du dernier selâm indique que le mevlevi doit retourner au point à partir duquel son cercle a été formé. Le point et le cercle s’appellent donc mutuellement ; si le point peut exister sans cercle, le cercle n’est pas concevable sans l’existance du point. L’homme qui décide de revenir à son origine doit combler la distance qui le sépare de ce point en accomplissant un voyage spirituel. La quête des origines lui découvre le voyage initiatique qui était caché dans le mukâbele.

 (…) Par leurs tournoiements, les derviches reproduisent le voyage initiatique descendant qui les a conduit du monde invisible, avant qu’ils ne naissent comme corps, jusqu’au monde extérieur, puis le voyage initiatique ascendant qui les fait remonter de ce bas monde jusqu’au monde intérieur et, de là, à l’Origine absolue. Le tournoiement de plus en plus rapide sur soi-même qui fait du corps du derviche un point central et comme un pôle, fait aussi allusion à cette attente d’Union avec l’Origine.

 (…) La danse extatique permet de revivre la descente de l’âme vers son corps, et l’ascension de l’âme vers son ¨Principe. Il s’agit d’un voyage initiatique car le soufi rentre dans ce mystère de l’union de l’âme et du corps et fait la même expérience que celle que son âme a vécue avant d’atteindre la sphère terrestre

(…) Ici, l’âme existe en Dieu avant la création. Par son tournoiement, le derviche tourneur incarne le double chemin que suit l’âme humaine et, une fois sur terre, le derviche peut dessiner, par sa danse, le mouvement qui se produit dans l’univers.

(…) Ce cheminement s’accomplit dans le cadre de la confrérie qui est présentée elle aussi, comme une voie, comme un chemin de vie, ainsi que le confirme le mot arabe tarîqa ( route, chemin, voie). Chemin et voyage rappellent à l’esprit le mouvement spirituel dont ils sont les images. Ainsi, la danse soufie, comme forme particulière de mouvement, dessine les étapes du voyage intérieur. Quand au derviche, il danse, dans le samâ’, l’éternel mouvement de la vie. La danse des derviches tourneurs est donc un voyage initiatique, un mouvement qui ramène le soufi de ce bas-monde à son Origine.

 (…) « Le manteau du derviche étant la tombe et le bonnet symbolisant la pierre tombale, le soufi, le jour du Jugement, répondra depuis sa tombe et, après s’être levé, il dansera.

(…) On constate là que deux interprétations de la danse se croisent : d’une part les derviches vivent une expérience mystique provoquée par le rappel-souvenir du Paradis, mais, en même temps, ils sont conscients de la puissance symbolique de cette danse extatique comme préparation à la mort mystique. C’est grâce à celle-ci que le derviche peut cheminer vers on Origine.

(…) Fidèles au hadith qui recommande de « mourir avant de mourir », les derviches mettent en scène l’expérience de la mort ( mystique, c’est-à-dire du fanâ).

(…) Après la mort mystique, il n’y a que Dieu qui demeure, l’Unique, l’Aimant et l’Aimé. La puissance symbolique de cette mort mystique est très forte et profonde. On comprend que les derviches tourneurs en aient été les fidèles acteurs. Cette interprétation de la danse renvoie également au concept du fanâ, l’annihilation et point final de tout voyage mystique. »

 Alberto Fabio Ambrosio, Eve Feuillbois et Thierry Zarcone ( « Les derviches tourneurs : doctrines, histoire et pratique »)

 

 «  La danse incluse dans le rituel soufi du samâ’ traduit ici des états spécifiques où la foi ordinaire est dépassée par une expérience de participation à un flux surnaturel désigné comme ‘ishq, amour passionnel. Cet amour émane de Dieu et revient à Lui, mais c’est dans l’âme humaine que Dieu a installé ce jeu de miroirs. L’émotion ressentie lors du samâ’ est de fait expliquée par les Soufis eux-même, soit par une nostalgie des origines, soit par une aspiration à la plénitude du monde paradisiaque à venir. Et le derviche, prenant conscience de cet infini mouvement circulaire de grâce est ravi à lui-même, et entre en danse. Mais cet amour divin ne se porte pas sur la seule personne du mystique, il englobe tout l’univers. D’où la dimension cosmique de ce rituel : le derviche danse désormais en harmonie avec les étoiles. »

 Pierre Lory, (« Danse et spiritualité, l’ivresse des origines », Introduction.) 

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08/12/2014

L’ordination sacerdotale directement dispensée par le Ciel

"L’Arche, il est vrai, rend quasiment palpable la présence de Dieu, elle donne à l’Eternel une place ici-bas qui lui est réservée, elle est un signe sacré de sa sainte Gloire, le symbole de la vie et de la lumière. Mais en premier lieu, elle est l’organe par excellence des grâces, la source de toute sainteté, le réceptacle des bénédictions et, par-dessus tout, l’instrument présidant à « l’ordination » suprême effectuée selon la libre volonté du Très Haut ; elle est l’origine du véritable sacerdoce de celui qui possède les vertus purificatrices de la voie lévitique, celui à qui a été confié le précieux ministère de la Parole, celui qui a bénéficié de la réception surnaturelle des onctions suprêmes.

L’origine du « véritable sacerdoce », qu’est-ce à dire ?  Tout simplement que cette mise en présence avec l’Arche Sainte, lorsqu’elle survient, confère une dimension sacerdotale d’une essence absolument nouvelle et surprenante à celui qui est l’objet, par pure grâce invisible, des bénédictions célestes. Saint-Martin nous explique d’ailleurs, très clairement, comment se déroule la silencieuse cérémonie d’ordination qui voit le nouvel homme, selon un rituel non écrit, dirigé et desservi uniquement par les Anges du Ciel, devenir un prêtre selon les lois de l’invisible Eglise, de « l’Eglise intérieure » qui n’a point d’attaches terrestres : «  Cette même Arche Sainte engagera le grand prêtre de l’ordre de Mélchisédech à te revêtir lui-même de tes habits sacerdotaux qu’il aura bénis auparavant, il te donnera de sa propre main les ordinations sanctifiantes par le moyen desquelles tu pourras, en son nom, verser les consolations dans les âmes. » ( Le Nouvel Homme) 

(…) Le nouvel homme, après être passé par les douleurs de la naissance, après avoir été « régénéré » et béni par Dieu, recevra en son cœur, dans le plus intime secret de son âme, une « sublime onction de nature sacerdotale » qui en fera un prêtre de l’Eternel afin d’administrer les sanctifications du Seigneur. Or, la réception de cette onction, conférant la charge éminente d’administrer les sanctifications destinées au Divin Réparateur, porte un nom particulier, elle est désignée par un mot précis que l’on n’évoque et prononce qu’en tremblant : « ordination ». Et en effet, il s’agit bien à cette étape fondamentale du cheminement de la voie selon l’interne, d’être « ordonné » c’est-à-dire oint et consacré, sans aucune méditation humaine, en tant que prêtre du Saint Nom, de devenir un ministre de l’éternelle Alliance, un être sanctifié, attaché au service sacré de l’autel des parfums, un administrateur de sanctifications du Seigneur.

De fait, nous sommes ici dans le cadre d’une communication absolument originale, d’une nature différente de toutes celles qui sont connues en mode humain, d’une consécration qui ne relève pas de procédés familiers. En réalité, si l’être a modifié son rapport au monde, s’il s’est éloigné des fausses lumières de la trompeuse apparence, il est alors devenu un étranger pour lui-même et pour les autres, il n’est plus dépendant des méthodes temporelles, mais il est, au contraire, sous l’influence d’une opération entièrement divine capable de le changer dans toutes ses facultés.

 Lorsque cette lente régénération s’accomplit, lorsque sont profondément changées, insensiblement, peu à peu, mais profondément, les fibres anciennes qui ligotaient la créature malade et blessée, lorsque s’est levé, en elle, le premier rayon de soleil, lorsque, enfin, est apparue l’initiale aurore de l’éternel astre de la vérité : «  C’est alors que l’homme se trouve être, en esprit et en vérité, le prêtre du Seigneur ; c’est alors qu’il a reçu la vivifiante ordination, et qu’il peut transmettre cette ordination sur tous ceux qui se consacrent au service de Dieu, c’est-à-dire lier et délier, purifier, absoudre, plonger l’ennemi dans les ténèbres et faire revivre la lumière dans les âmes ; car le mot ordination vient du mot ordinaire ordonner, qui veut dire remettre chaque chose à son rang et à sa place ; et telle est la propriété du Verbe éternel qui produit continuellement tout selon le poids, le nombre et la mesure. » ( Le Nouvel Homme)"

J-M Vivenza ( L'Eglise et le Sacerdoce selon L-C de Saint-Martin)

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