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19/01/2015

Mourir à soi-même c’est naître à la lumière de « l’Un »

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« Dépourvu d’indépendance, de liberté ontologique, condamné à la mort, l’homme s’est ainsi regardé comme un esclave, une créature enchaînée et contrainte, un « détenu métaphysique ».

(…) Il faudrait être aveuglé pour nier l’évidence d’une ingrate et pénible situation, d’un affligeant état dont la charge pèse très lourdement sur les âmes meurtries et affectées.

Le mal a pénétré toutes les sphères, la moindre parcelle de vie, «  le mal a tout souillé, et, dans un sens très vrai, tout est mal puisque rien n’est à sa place. […] Tous les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses », réaffirmera avec sévérité Joseph de Maistre. L’ami de l’austère comte savoyard, Louis-Claude de Saint-Martin, quand à lui, voyant en Dieu la bonté de son cœur, pleurant sur ses enfants éloignés des bienfaisantes consolations de l’Amour, nous demandera surtout et en premier lieu, d’examiner l’étendue de notre responsabilité : « Puisque nous ne pouvons imputer à la suprême sagesse d’avoir conspiré en rien avec nous dans l’abus de ces sublimes privilèges, nous sommes forcés d’en attribuer tous les torts à la puissance libre de notre être, laquelle étant fragile par sa nature s’est livrée à sa propre illusion, et s’est précipité dans l’abîme de sa propre faute […] nous ne pouvons plus être que les témoins de l’opprobre et du mensonge. » (L.-C de Saint-Martin, Ecce Homo, § II & III.)

(…) C’est pourquoi la mort, nous apprendront nos maîtres dans l’initiation, est amenée, insensiblement, par l’effet d’une étrange mutation, à se transformer, de signe de réprobation qu’elle était, en une possibilité jusqu’alors inaperçue. Lorsque l’homme ne se regarde plus comme un être de nature, lorsqu’il ne considère plus son état comme relevant d’une normalité existentielle, alors se manifeste en lui une intuition transcendante capable de le faire accéder à un autre ordre des choses, à un autre « ordre de science » selon la remarquable expression qu’emploiera Jean-Baptiste Willermoz.

Cet autre « ordre » ici évoqué, est au fond la seule chance offerte aux hommes pour parvenir à la guérison des maux qui les dévorent, l’unique manière de transformer une douloureuse situation en un profitable remède.

La mort, d’ignominieuse détermination, peut devenir un instrument de délivrance, un moyen de régénération.  

(…) Il est bien évidemment question de la mort au monde profane, mais plus encore de la mort à soi-même, mort transformatrice vers un nouveau mode d’être. Fénelon ( 1651-1715) prévient : « Il faut sans cesse mourir à vous-même afin d’entrer dans cette pratique de mort qui est le fond du christianisme. » (Fénelon, Œuvres, t.VIII, 1850.). En effet la mort à soi-même est l’exercice majeur apte à rendre l’initié capable de la lumière transcendante et immanente. Mourir à soi-même c’est naître à la lumière de « l’Un » par la mise en œuvre de la calcination, le feu divin embrasant l’âme à la lumière de sa vérité et l’invitant à participer au mystère de son être.

Cependant, le chemin de cette mort, bien que symbolique, n’est pas facile : «  pour parvenir à cet heureux terme, tu devras faire un travail pénible, chercher, persévérer et souffrir », mais le but semble assuré et, si le candidat est entouré de ténèbres on lui parle de la lumière qui lui est promise. Le rayon de lumière reçu lors de l’initiation est ainsi l’image de la projection de la vérité de l’Être, car c’est de l’Orient que nous vient cette lumière, et il convient donc d’y « orienter » notre désir à tout moment, d’autant que les ténèbres vont s’épaississant augmentant les difficultés à surmonter afin de rejoindre la source de clarté.

(…) Avancer vers son terme de lumière, telle est l’énergie substantielle qui nourrit le feu intérieur de l’homme, telle est aussi l’essence de la voie initiatique qui demande et exige une pratique assidue et constante. Avancer vers son terme de lumière en mourrant aux ténèbres du désordre en faisant agir sur soi-même, par la mise en œuvre de la vertu, le feu dévorant de la calcination pour devenir un feu de lumière, tel pourrait bien être aussi le sens de la devise du Phénix « Perit ut Vivat » ; il faut qu’il périsse pour qu’il vive.

La quête de la lumière, par le moyen de la vertu dont il est demandé d’opérer la mise en œuvre lorsque sont pris les engagements maçonniques, est donc aussi, et nécessairement, une quête de la mort transfiguratrice, une mort qui se trouve être la seule véritable et authentique vie, car « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean III, 3-9). 

(...) L'oeuvre de la mort sera ainsi oeuvre de vie, le retour à l'unité, le désencombrement de l'être, la décréation souveraine qui révélera la scintalla animae, la petite flamme de l'âme, principe par lequel l'homme participera à l'Être incrée en rentrant vivant dans la mort.

"Ce n'est que par la mort... que la Déité démembrée sera restaurée dans son integrité et plénitude première." ( Abbé Stephane, Introduction à l'ésoterisme chrétien, Dervy.) »

 Jean-Marc Vivenza (« La Clé d’Or et autres écrits maçonniques », extraits)

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Là où les sentinelles nocturnes veillent sur les murs du Temple, guettant le recul de la nuit et le progrès de l’aube

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« Conformément aux prémisses de la métaphysique de l’imaginal chez nos philosophes, l’Imago Templi est la forme que prend précisément pour se réfléchir dans l’âme au « confluent des deux mers », une réalité transcendante qui serait insaisissable sans elle.

(…) C’est que précisément au « confluent des deux mers » on se trouve hors du devenir et de la causalité historique, hors des normes de la chronologie, des filiations propres pour la justification desquelles on exige des archives et des documents notariés. Cela, parce que, au « confluent des deux mers », nous sommes dans le huitième climat, un « climat » dont les événements et les récits ont pour lieu le Malakût, le monde de l’âme et de la conscience visionnaire.

(…) Dans notre cycle du Graal, l’épopée qui est consacrée en propre à la geste de Galahad, se termine par une scène mystique  dans le palais spirituel de Sarraz : une main apparaît dans le Ciel et saisit le saint Graal qui sera désormais invisible à ce monde, dans le temps de ce monde.

(...) Cependant l’Imago Templi surexiste. Lorsque l’homme a modelé son être intérieur de telle sorte qu’elle se manifeste à lui, c’est qu’il se trouve eo ipso au « confluent des deux mers », et c’est la même, nulle part ailleurs, que, peuvent lui être rendues personnellement les clés du Temple. Ainsi ont-elles été rendues à Sohravardî qui voulut, en Iran islamisé, rappeler d’exil la théosophie de la Lumière professée par les sages de l’ancienne Perse. Chez l’un de ses disciples, Davânî, la perception visionnaire fera même de la Perside ( le Fârs) un  « royaume de Salomon », et de Persepolis un haut lieu d’illumination spirituelle de tradition salomonienne. Et c’est pourquoi la quête du chercheur en gnose irano-islamique devait elle-même le reconduire à la hiérophanie primordiale du « Temple à venir ». C’est l’Imago Templi telle qu’elle s’offre à la perception visionnaire du prophète Ezéchiel, et sur laquelle la communauté des Esseniens de Qumrâm devait modeler toute la théologie du Temple et du nouveau Temple. De là, bien qu’il y ait des traces historiques toujours cachées sous le voile de ce que l’on appelle les « légendes », ce n’est point pourtant par ces traces incertaines que nous rejoindrons ces chevaliers du Temple que nous évoquions ici au début. Mais nous constaterons que l’Imago Templi, devançant toute perception empirique, recèle en elle-même une telle force qu’elle impose l’évidence, a parte ante et a parte post, de la filiation de la chevalerie du Temple. D’un côté et de l’autre, il faut considérer que c’est L’Imago Templi qui prend ainsi conscience d’elle-même, et l’on comprendra que les liens d’ascendance et de descendance revendiqués ne sont pas ceux qui laissent des traces dans les documents d’archives. A parte ante, l’Imago Templi, telle qu’elle prend conscience d’elle-même par la chevalerie Templière, revendique une origine remontant à la communauté judéo-chrétienne primitive de Jérusalem, et par elle à la communauté des Esseniens. A parte poste, elle détermine la résurgence de l’idée templière au XVIII ème siècle : c’est la grande œuvre de Willermoz. Ce sera aussi l’épopée dramatique conçue par Zacharias Werner. Ce sera, dominant le tout, la révélation de la Nova Hierosolyma chez Swedenborg. Autant de hiérophanies de l’Imago Templi qui tiennent en échec les explications aussi bien que les dénégations de la critique historique positive, parce que l’Imago devance et règle tout jugement historique. Ce n’est donc pas la critique historique qui est en mesure de nous expliquer cette persistance de l’Imago Templi. Pour qu’elle le puisse, il faudrait qu’elle se rende elle-même au « confluent des deux mers », là même où les sentinelles nocturnes veillent sur les murs du Temple, guettant le recul de la nuit et le progrès de l’aube. Aussi est-ce à la condition de satisfaire aux exigences d’une hermeneutique toute différente de la critique historique, que nous seront en mesure de valoriser les hiérophanies de l’Imago Templi, lesquelles forment la tradition du Temple.

Et par là même nous pourrons peut-être entrevoir comment la norme secrète, qui en impose les récurrences et la persistance, est précisément celle-là qui peut faire face aux normes profanes de nos jours, parce qu’elle est le Témoin qui récuse la désacralisation du monde. »

 Henry Corbin («  Temple et Contemplation », chapitre « l’Imago Templi », extraits.)

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14/01/2015

ce rayon de lumière qui est inné dans l’homme, par lequel seul il peut parvenir jusqu’à son Temple

«  Ces trois états de Cherchant, de Persévérant et de Souffrant sont tellement liés dans l’homme de désir qu’on a cru devoir vous les rappeler ensemble en vous les retraçant par chacun de vos voyages. Les trois voyages dans l’obscurité vous ont figuré la carrière pénible que l’homme doit parcourir, les travaux immenses qu’il a à faire sur son esprit et sur son cœur, et l’état de privation où il se trouve lorsqu’il est abandonné à ses propres lumières. L’épée sur le cœur désigne le danger des illusions auxquelles il est exposé pendant sa course passagère, illusions qu’il ne peut repousser qu’en veillant et en épurant sans cesse ses désirs. Les ténèbres qui vous environnaient vous désignent aussi celles qui couvraient toute chose dans le principe de leur formation. Enfin le guide inconnu qui vous a été donné pour faire cette route vous figure ce rayon de lumière qui est inné dans l’homme, par lequel seul il sent l’amour de la vérité et peut parvenir jusqu’à son Temple. »

 Jean-Baptiste Willermoz, Instruction morale du grade d’Apprenti franc-maçon avec l’explication du cérémonial de Réception, in Rituel du Grade d’Apprenti du Régime Ecossais Réctifié, op.cit.

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