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09/02/2015

La destruction du Temple dans l'homme fut l’évenement même de notre naissance à ce monde qui est le monde de l’exil

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« Au cœur de chaque temple de la Lumière entendu en ce sens, il est un sanctuaire que Sohravardî désigne encore par un terme emprunté au soufisme : ce sanctuaire est le khângâ. Ce terme désigne couramment une loge de soufis.

Dans les récits visionnaires de Sohravardî, c’est en ce khângâh que se retire le spirituel : c’est là que s’opère la rencontre avec l’Ange. Cela revient à dire que ce khângâ, sanctuaire du temple qui est le microcosme, est situé au « confluent des deux mers ». C’est là que le visionnaire est visité par ces fulgurations de lumière, dans lesquelles culmine l’expérience de la « théosophie orientale » de Sohravardî. Lorsque ces lumières prolongent leur présence, deviennent une présence à demeure, c’est l’état que Sohravardî désigne comme Sakîna. Or ce mot n’est rien d’autre que l’équivalant arabe de l’hébreu Shekhina : la Shekhina, la mystérieuse Présence divine dans le Saint des Saints du Temple de Salomon. Le terme arabe équivalant à la Shekhina sert donc chez Sohravadî à désigner cette Présence dans le Temple de la Lumière, dans le khângâ qui est le sanctuaire du microcosme humain.

Or ces temples humains de la Lumière sont présentement en exil, dans la crypte du Temple céleste. (…) Les sages de l’Antiquité priaient dans un temple intact. La prière du sage sohravardien s’élève du fond de la crypte du temple, parce qu’il a  été exilé du Temple.

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 (…) Il faut retrouver le sens de la crypte. Lorsque l’Imago Templi est détruite, on ne sait même plus que l’on est au fond d’une crypte. Le monde est « désorienté », il n’a plus d’ « Orient ».

(…) Cela, parce que l’entrée en ce monde est essentiellement perçue comme une entrée dans le monde de l’exil, comme une « descente » depuis l’ Orient qui est le Temple, jusqu’à l’Occident qui est le monde comme crypte du Temple. L’imago Templi est là alors pour que le visionnaire, se retirant dans son khângâh, sanctuaire de son microcosme, se ressouvienne de son origine. A la différence du sage antique, il ressent son entrée en ce monde comme ayant été une brisure. C’est l’exil loin du Temple.

(…) la destruction du Temple, c’est l’entrée dans le monde de l’exil. En bref, pour le maître de l’Ishrâq comme pour le maître kabbaliste, la destruction du Temple est l’évenement même de notre naissance à ce monde qui est le monde de l’exil, mais dont la traversée est nécessaire pour atteindre le nouveau Temple. La destruction du Temple, c’est la fin de la « vie d’avant », du « monde d’avant ».

L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire qui commence avec l’exil, lequel commence avec la destruction du Temple.

(…) Tant que durera la Création, il y aura l’exil. »

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(…) « Le Temple est à construire d’abord dans le cœur. Cette connexion, en mettant en valeur la vocation des chevaliers bâtisseurs, légitime du même coup le rapport du templarisme moderne  à l’égard de la chevalerie templière originelle. »

 Henry Corbin ( Temple et Contemplation, extrait)  

23/01/2015

Jean-Pierre Luminet à propos de "La beauté de l’invisible"

La beauté de l’invisible

Ce thème renvoie immédiatement aux célèbres aphorismes d’Héraclite tels que « Nature aime se cacher » ou « L’harmonie invisible plus belle que l’harmonie visible ». Y a-t-il vraiment un « ordre » dans l’invisible ? Dans La naissance de la tragédie (1872), Nietzsche distingue la beauté apollinienne – qui serait plutôt celle de l’harmonie visible, du parfait -, de la beauté dionysienne – qui correspond à la beauté cachée d’Héraclite, celle qui ne se voit pas, beauté relativement inquiétante et incontrôlable car c’est celle de l’inconnu, où règnent peut-être chaos et désordre.

Que nous disent à ce propos l’astrophysique et la cosmologie modernes ?

Ce qu’on appelle « lumière » au sens habituel du terme n’est qu’une partie infinitésimale du spectre électromagnétique, lequel décrit toutes les formes possibles de la lumière en fonction de sa fréquence, depuis les basses fréquences correspondant aux ondes radio jusqu’aux très hautes fréquences qui sont celles des rayons X et gamma, en passant par les micro-ondes, l’infrarouge ou l’ultra-violet. Tout au long du XXe siècle ont été développés des instruments capables d’observer l’univers dans tous ces domaines du rayonnement électromagnétique, et d’en reconstituer des images en « fausses couleurs ». Première constatation, un astre donné – par exemple le Soleil –  est tout aussi « beau » lorsqu’il est vu en rayons X ou en ultraviolet que dans le visible – où finalement il se réduit à une simple boule jaune et ronde !

L’élargissement de la vision à toutes les longueurs d’onde s’est ensuite ouvert à d’autres messagers que les photons du rayonnement électromagnétique : les neutrinos, les rayons cosmiques ou les ondes gravitationnelles nous apportent désormais d’autres « belles images » de l’univers, quoique plus difficiles à déchiffrer.

Quant à la cosmologie relativiste moderne, elle nous révèle que ces fameuses « illuminations célestes », celles de la matière visible – étoiles, nuages de gaz, galaxies, etc., représentent seulement 0,5% du véritable contenu matériel et énergétique de l’univers ! L’essentiel, ce qui gouverne la forme et l’évolution de l’univers, est constituée de matière sombre et d’énergie noire. Cela ne signifie pas pour autant que la cosmologie relativiste s’est entièrement trompée ; au contraire, car cette part invisible est bel et bien prédite par les modèles. Cela semble plutôt confirmer l’intuition d’Héraclite : la nature aime se cacher. Evidemment le terme « aimer » suggère une intention qui n’a pas lieu d’être. La nature est cachée, un point c’est tout, mais ce que je trouve beau dans l’activité du cosmologiste, c’est de développer des outils à la fois expérimentaux et conceptuels permettant de décoder l’univers invisible. Selon les dernières mesures, 45% de la matière noire serait de nature atomique, c’est-à-dire faite comme nous ; 27 % ne serait pas sous forme atomique, et la physique des hautes énergies propose tout un ensemble de particules candidates qui n’ont pas été directement détectées mais qui laissent une trace en influant la formation des grandes structures ; enfin, 68% serait sous la forme d’une mystérieuse « énergie noire » – peut-être liée au vide quantique -, qui expliquerait l’accélération effectivement observée de l’expansion cosmique.

Jean-Pierre Luminet ( Cosmos et Beauté, extrait)

http://blogs.futura-sciences.com/luminet/2014/05/20/cosmos-beaute-33/

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La lumière qui brille dans cette chambre du cœur, le lieu du « Parfait silence »

« A l’intérieur du cœur, lorsque celui-ci se libère peu à peu des ténèbres, alors apparaît une lumière secrète, la lumière que le monde ne voit pas, car, comme le dit saint Jean : «  celui qui est en vous, est plus grand que celui qui est dans le monde » (Jean IV, 4).

La lumière qui brille dans cette chambre du cœur, le « Saint Palais », le lieu du « Parfait silence », confère à ce « centre » spirituel une importance extrême, faisant de ce tabernacle intérieur, qui se trouve à l’Orient de l’homme, là où se situe son cœur, là où la lumière a son séjour, la véritable et authentique Terre Sainte secrète, le Sanctuaire Intérieur qui est le creuset de notre réintégration à venir, lorsque nous aurons abandonnés les choses terrestres, au sein de notre véritable nature, état premier et originel auquel nous retournerons lorsque, naissant à la « grande lumière », se déchirera le voile de la matière comme fut déchiré de haut jusqu’en bas celui du Temple de Jérusalem. »

 

Jean-Marc Vivenza ( La Clé d’Or et autres écrits maçonniques)

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