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14/12/2014

l’homme sera entièrement semblable au monde spirituel qui à présent est encore caché

Le disciple demanda :

 « Qu’est-ce donc le corps humain ? »

 Le maître répondit :

 « C’est le monde visible : une image et une substance de tout ce qu’est le monde.

 « Et le monde visible est une manifestation du monde intérieur spirituel, jaillie de la lumière éternelle et des ténèbres éternelles, par une opération spirituelle.

(…)  « Et l’homme extérieur est lui aussi une telle substance : car Dieu l’a crée du monde extérieur et lui a insufflé pour âme et pour vie intelligente le monde intérieur spirituel.

 Le disciple demanda :

 « Qu’y aura-t-il après ce monde, quand tout ceci prendra fin ? »

 Le maître répondit :

 « Seuls les êtres matériels prendront fin : les quatre éléments, le soleil, la lune et les étoiles.

 « Le monde intérieur spirituel deviendra alors entièrement visible et manifeste. Tout ce qui durant cette vie a été opéré par l’esprit - bon ou mauvais-, chacune de ses œuvres se séparera selon un mode spirituel, soit vers la lumière, soit vers les ténèbres éternelles.

 « Ce qui est né de chaque volonté rentrera dans ce qui lui est semblable. Les ténèbres seront alors appelées l’enfer, qui est l’éternel oubli de tout bien. Et la lumière sera appelée le royaume de Dieu, qui est la joie éternelle et la louange éternelle des saints d’avoir été délivrés d’un tel tourment.

 «  Le jugement dernier sera un embrasement du feu selon l’amour et la colère de Dieu : là prendra fin la matière de tous les êtres. Chaque feu attirera à lui ce qui est sien : les êtres qui sont à sa ressemblance.

 « Ce qui est né de l’amour de Dieu attirera à soi le feu de l’amour de Dieu. Il y brûlera selon le mode de l’amour et s’abandonnera à ce qui lui est semblable.

 « Mais ce qui aura été opéré dans la colère de Dieu selon les ténèbres, cela attirera à soi le tourment et consumera la fausseté. Il ne restera plus alors que la volonté tourmentée dans sa propre forme et image.

 Le disciple demanda :

« En quelle matière, sous quelle forme, nos corps ressusciteront-ils ? »

 (…) «  Cette bonne vertu du corps mortel doit revenir dans une beauté, une transparence, un cristal et une matière spécifiques, dans une chair et un sang spirituel, pour demeurer et vivre éternellement. Il en sera de même que la bonne vertu de la terre, par laquelle cette dernière sera cristalline et la lumière divine brillera dans tous les êtres.

« Et comme la terre grossière prendra fin pour ne pas revenir, la chair grossière de l’homme prendra fin et ne vivra pas éternellement.

 « Mais tout doit venir en jugement et y être séparé par le feu. L’un comme l’autre : la terre comme la cendre du corps humain.

 Le disciple demanda :

 « Ne ressusciterons-nous pas avec nos corps visibles ?

N’y vivrons-nous pas éternellement ? »

 Le maître répondit :

 « Lorsque le monde visible prendra fin, tout ce qui est extérieur et qui en est issu prendra fin avec lui.

 « Il ne restera du monde que l’art céleste et la forme cristalline.

 « De même il ne restera de l’homme que la terre spirituelle.

 « Car l’homme sera entièrement semblable au monde spirituel qui à présent est encore caché. »

 

 Jakob Böhme ( «  De la vie au-delà des sens », extraits )

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le royaume de Dieu est au-dedans de vous

 

 

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« L’âme contient déjà en elle le ciel et l’enfer, comme il est écrit : « Le royaume de Dieu ne viendra pas accompagné de signes spectaculaires. On ne dira pas : Voyez, il est ici ou il est là. Car, voyez : le royaume de Dieu est au-dedans de vous » [Luc 17, 20-21]

 « Lorsque la volonté s’abandonne à Dieu jusqu’en son fond, elle sort d’elle-même, hors de tout fond et de tout lieu, là où Dieu seul se manifeste, où il opère et veut. Elle se devient ainsi un néant quant à sa volonté propre. Dès lors c’est Dieu qui opère et veut en elle, c’est Dieu qui habite dans sa volonté abandonnée. Entrant dans le repos divin, l’âme s’en trouve sanctifiée.

« Lorsque le corps se brise, alors l’âme est pénétrée de l’amour divin et illuminée de la lumière divine, comme le feu embrase le fer jusqu’à lui faire perdre son opacité. C’est là la main du Christ, lorsque l’amour de Dieu habite entièrement l’âme de toutes parts et c’est en elle une lumière éclatante et une nouvelle vie.

« C’est ainsi que l’âme est dans le ciel, et qu’elle est un temple de l’Esprit Saint. Elle est elle-même le ciel de Dieu, dans lequel il habite.

 (…) « Chez les saints le royaume du ciel est opérant et sensible par la foi : ils sentent l’amour de Dieu dans cette foi, par laquelle leur volonté s’abandonne à Dieu.

« Mais la vie naturelle est entourée de chair et de sang. Elle est en opposition avec la colère de Dieu, entourée des vains plaisirs de ce monde qui ne cessent de pénétrer la vie extérieure et mortelle. Ainsi, d’un côté le monde, d’un autre le diable, d’un troisième la malédiction de la colère de Dieu pénètrent la vie dans la chair et le sang et la passent à leur crible.

« C’est pourquoi l’âme est souvent dans l’angoisse lorsque l’enfer la presse ainsi et veut se manifester en elle. Mais elle se plonge dans l’espérance de la grâce divine et demeure comme une belle rose au milieu des épines jusqu’à ce que le royaume de ce monde tombe d’elle dans la mort du corps. Alors seulement, lorsque plus rien ne lui fera obstacle, l’âme sera pleinement manifestée dans l’amour de Dieu.

« Durant cette vie, il faut que l’âme chemine dans ce monde avec le Christ, afin qu’il la délivre de l’enfer qui est en elle. Il faut qu’il la pénètre de son amour, qu’il demeure dans l’enfer auprès d’elle et change son enfer en ciel.

 (…)Le disciple demanda :

 « Puisque, durant cette vie, le ciel et l’enfer sont en lutte au-dedans de nous et que Dieu nous est si proche, où donc habitent les anges et les démons ? »

 Le maître répondit :

« Là où tu n’habites pas selon ton existence et ta volonté propres, c’est là qu’habitent les anges, chez toi et partout.

« Et là où tu habites, selon ton existence et ta volonté propre, c’est là qu’habitent les démons, chez toi et partout. »

 (…) « Selon sa vie temporelle, l’homme n’appartient qu’au monde visible. C’est pourquoi, durant le temps de sa vie extérieure, il ne voit pas le monde spirituel : par sa substance, le monde extérieur est une couverture pour le monde spirituel, de la même manière que l’âme est cachée par le corps.

« Mais lorsque l’homme extérieur meurt, le monde spirituel devient manifeste pour l’âme : que ce soit dans la lumière éternelle, auprès des saints anges, ou dans les ténèbres éternelles auprès des démons. »

 (…) «  Dans la jouissance de nos désirs propres se trouvent les ténèbres. Dans la conformité avec la volonté de Dieu se trouve la lumière.

« Là où la volonté du moi de l’âme veut avec Dieu, l’amour de Dieu est à l’œuvre. Mais, dans la jouissance propre du vouloir de l’âme, la volonté de Dieu opère avec peine. Là sont les ténèbres, afin que la lumière soit connue. »

 Jakob Böhme ( «  De la vie au-delà des sens », extraits.)

Le feu de l’amour embrasant de Dieu

Le disciple demanda :

 «  Qu’est-ce que l’amour ? Que sont sa force et sa vertu , sa hauteur et sa grandeur ? »

Le maître répondit :

 « Sa vertu c’est le néant.

 «  Sa force est répandue en toutes choses

 « Sa hauteur est aussi haute que Dieu.

 « Sa grandeur est plus grande que Dieu même.

 « Celui qui le trouve, il trouve le néant et il trouve toutes choses.

 Le disciple demanda :

 « Ô mon cher maître, dis-moi comment je dois le comprendre ? »

 Le maître répondit :

 «  J’ai dit que sa vertu, c’est le néant. Tu le comprendras lorsque tu sortiras de toute créature et deviendra un néant de toute nature et de toute créature. Alors, tu seras dans l’Un éternel qui est Dieu même. Alors tu éprouveras la plus haute vertu de l’amour.

 «  J’ai dit aussi : Sa force est répandue en toutes choses. Lorsque le grand amour sera allumé en toi, tu l’éprouveras dans ton âme et dans ton corps. Alors, il  brûlera comme aucun feu. Tu le verras également dans toutes les œuvres de Dieu : comment l’amour s’est répandu en toutes choses, comment il est leur fond le plus intérieur et le plus extérieur. Intérieur pour ce qui est de la force, et extérieur pour ce qui est de la forme.

 (…) « Et j’ai dit ensuite : Celui qui le trouve, il trouve le néant et il trouve toutes choses, et cela aussi est vrai. Car il découvre un abîme qui est au-delà de la nature et au-delà des sens, où il n’y a aucun lieu où il puisse habiter, et il ne voit rien qui lui soit semblable. On ne peut le comparer à rien, car il n’est rien d’aussi profond. Il est à toutes choses comme un néant, car on ne peut le saisir. Parce qu’il n’est rien, il est libre de toutes choses. Il est le bien unique, dont on ne peut dire ce qu’il est.

«  J’ai dit enfin : Celui qui le trouve, il trouve toutes choses, et cela est vrai. Il a été le commencement de toutes choses et il les domine toutes. 

 « Si tu le trouves, tu accèdes à ce fond d’où toutes choses sont venues et en quoi elles demeurent. Tu es en lui un roi qui règne sur toutes les œuvres de Dieu. »

 « Là où le chemin est le plus rude, vas-y.

« Ce que le monde rejette, prends-le.

« Ce que monde fait, ne le fais pas.

« Marche en toutes choses à l’opposé du monde, ainsi tu prendras le plus court chemin vers l’amour de Dieu. »

 « Aucune bouche ne pourra jamais nommer ce qu’est le feu de l’amour embrasant de Dieu, plus blanc que le soleil et plus doux qu’aucun miel, plus puissant qu’aucune nourriture et aucun breuvage et plus aimable que toute joie de ce monde.

« Celui qui l’obtient est plus riche qu’aucun roi de la terre, plus noble qu’aucun empereur, plus fort qu’aucune puissance. »

 Jakob Böhme ( «  De la vie au-delà des sens », extraits )

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