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09/02/2015

Les membres de la hiérarchie ésotérique, cachés aux yeux des hommes, ne sont connus que de Dieu seul.

«  L’idée shî’ite de la walâyat correspond, sous un de ses aspects, à l’idée de la « communion des saints » dans le christianisme. L’affiliation à ce corps mystique ne suppose ni rituel ni cérémonial d’initiation. C’est le « candidat » qui, en fait, s’engage lui-même, comme jadis l’on engager dans la quête du Graal, ou comme le pèlerin Adam, formulant et renouvelant son engagement  à l’  « Ange », secret de la Pierre Noire qu’il portait avec lui. La réalité du pèlerinage du cœur s’accomplit dans l’invisible qui est le malakût. Ses effets fructifient dans la formation du jism mithâlî, le corps imaginal, et c’est l’ensemble de tous les « corps de lumière » qui forment l’invisible sodalité. Celle-ci a bien une forme, voire une organisation et une structure, mais tout cela dans le malakût : les membres de la hiérarchie ésotérique dont parle la théosophie shî’ite, ne sont connus que de Dieu seul. Et de même que c’est de cette Eglise invisible, Ecclesia spiritualis, qu’il a été dit que « les puissances de l’Enfer ne prévaudront pas contre elle. », de même Qâzî Sa’îd nous a rappelé la parole de l’Imâm Rezâ déclarant que « la Religion divine ne périrait pas, tant que durerait le Temple de la Ka’aba », parole visant le Temple immatériel de la foi, qui a pour garant et gardien le douxième Imâm, l’Imâm caché. Gardien de ce Temple, il est caché aux yeux des hommes, comme l’est le saint Graal, depuis la disparition de celui-ci en la cité spirituelle de « Sarras », c’est-à-dire à la limite du malakût et de notre monde. Et la raison qui de part et d’autre, nous est donné de cette occultation, est la même. Les hommes n’étaient plus dignes ni capables de voir le Graal, de même qu’ils sont devenus indignes et incapables de voir l’Imâm. De part et d’autre, nous sommes invités à méditer une même occultation pesant sur la situation actuelle de notre monde. »

Henry Corbin ( Temple et Contemplation, extrait)

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23/01/2015

La lumière qui brille dans cette chambre du cœur, le lieu du « Parfait silence »

« A l’intérieur du cœur, lorsque celui-ci se libère peu à peu des ténèbres, alors apparaît une lumière secrète, la lumière que le monde ne voit pas, car, comme le dit saint Jean : «  celui qui est en vous, est plus grand que celui qui est dans le monde » (Jean IV, 4).

La lumière qui brille dans cette chambre du cœur, le « Saint Palais », le lieu du « Parfait silence », confère à ce « centre » spirituel une importance extrême, faisant de ce tabernacle intérieur, qui se trouve à l’Orient de l’homme, là où se situe son cœur, là où la lumière a son séjour, la véritable et authentique Terre Sainte secrète, le Sanctuaire Intérieur qui est le creuset de notre réintégration à venir, lorsque nous aurons abandonnés les choses terrestres, au sein de notre véritable nature, état premier et originel auquel nous retournerons lorsque, naissant à la « grande lumière », se déchirera le voile de la matière comme fut déchiré de haut jusqu’en bas celui du Temple de Jérusalem. »

 

Jean-Marc Vivenza ( La Clé d’Or et autres écrits maçonniques)

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19/01/2015

Mourir à soi-même c’est naître à la lumière de « l’Un »

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« Dépourvu d’indépendance, de liberté ontologique, condamné à la mort, l’homme s’est ainsi regardé comme un esclave, une créature enchaînée et contrainte, un « détenu métaphysique ».

(…) Il faudrait être aveuglé pour nier l’évidence d’une ingrate et pénible situation, d’un affligeant état dont la charge pèse très lourdement sur les âmes meurtries et affectées.

Le mal a pénétré toutes les sphères, la moindre parcelle de vie, «  le mal a tout souillé, et, dans un sens très vrai, tout est mal puisque rien n’est à sa place. […] Tous les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses », réaffirmera avec sévérité Joseph de Maistre. L’ami de l’austère comte savoyard, Louis-Claude de Saint-Martin, quand à lui, voyant en Dieu la bonté de son cœur, pleurant sur ses enfants éloignés des bienfaisantes consolations de l’Amour, nous demandera surtout et en premier lieu, d’examiner l’étendue de notre responsabilité : « Puisque nous ne pouvons imputer à la suprême sagesse d’avoir conspiré en rien avec nous dans l’abus de ces sublimes privilèges, nous sommes forcés d’en attribuer tous les torts à la puissance libre de notre être, laquelle étant fragile par sa nature s’est livrée à sa propre illusion, et s’est précipité dans l’abîme de sa propre faute […] nous ne pouvons plus être que les témoins de l’opprobre et du mensonge. » (L.-C de Saint-Martin, Ecce Homo, § II & III.)

(…) C’est pourquoi la mort, nous apprendront nos maîtres dans l’initiation, est amenée, insensiblement, par l’effet d’une étrange mutation, à se transformer, de signe de réprobation qu’elle était, en une possibilité jusqu’alors inaperçue. Lorsque l’homme ne se regarde plus comme un être de nature, lorsqu’il ne considère plus son état comme relevant d’une normalité existentielle, alors se manifeste en lui une intuition transcendante capable de le faire accéder à un autre ordre des choses, à un autre « ordre de science » selon la remarquable expression qu’emploiera Jean-Baptiste Willermoz.

Cet autre « ordre » ici évoqué, est au fond la seule chance offerte aux hommes pour parvenir à la guérison des maux qui les dévorent, l’unique manière de transformer une douloureuse situation en un profitable remède.

La mort, d’ignominieuse détermination, peut devenir un instrument de délivrance, un moyen de régénération.  

(…) Il est bien évidemment question de la mort au monde profane, mais plus encore de la mort à soi-même, mort transformatrice vers un nouveau mode d’être. Fénelon ( 1651-1715) prévient : « Il faut sans cesse mourir à vous-même afin d’entrer dans cette pratique de mort qui est le fond du christianisme. » (Fénelon, Œuvres, t.VIII, 1850.). En effet la mort à soi-même est l’exercice majeur apte à rendre l’initié capable de la lumière transcendante et immanente. Mourir à soi-même c’est naître à la lumière de « l’Un » par la mise en œuvre de la calcination, le feu divin embrasant l’âme à la lumière de sa vérité et l’invitant à participer au mystère de son être.

Cependant, le chemin de cette mort, bien que symbolique, n’est pas facile : «  pour parvenir à cet heureux terme, tu devras faire un travail pénible, chercher, persévérer et souffrir », mais le but semble assuré et, si le candidat est entouré de ténèbres on lui parle de la lumière qui lui est promise. Le rayon de lumière reçu lors de l’initiation est ainsi l’image de la projection de la vérité de l’Être, car c’est de l’Orient que nous vient cette lumière, et il convient donc d’y « orienter » notre désir à tout moment, d’autant que les ténèbres vont s’épaississant augmentant les difficultés à surmonter afin de rejoindre la source de clarté.

(…) Avancer vers son terme de lumière, telle est l’énergie substantielle qui nourrit le feu intérieur de l’homme, telle est aussi l’essence de la voie initiatique qui demande et exige une pratique assidue et constante. Avancer vers son terme de lumière en mourrant aux ténèbres du désordre en faisant agir sur soi-même, par la mise en œuvre de la vertu, le feu dévorant de la calcination pour devenir un feu de lumière, tel pourrait bien être aussi le sens de la devise du Phénix « Perit ut Vivat » ; il faut qu’il périsse pour qu’il vive.

La quête de la lumière, par le moyen de la vertu dont il est demandé d’opérer la mise en œuvre lorsque sont pris les engagements maçonniques, est donc aussi, et nécessairement, une quête de la mort transfiguratrice, une mort qui se trouve être la seule véritable et authentique vie, car « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean III, 3-9). 

(...) L'oeuvre de la mort sera ainsi oeuvre de vie, le retour à l'unité, le désencombrement de l'être, la décréation souveraine qui révélera la scintalla animae, la petite flamme de l'âme, principe par lequel l'homme participera à l'Être incrée en rentrant vivant dans la mort.

"Ce n'est que par la mort... que la Déité démembrée sera restaurée dans son integrité et plénitude première." ( Abbé Stephane, Introduction à l'ésoterisme chrétien, Dervy.) »

 Jean-Marc Vivenza (« La Clé d’Or et autres écrits maçonniques », extraits)

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