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19/01/2015

Là où les sentinelles nocturnes veillent sur les murs du Temple, guettant le recul de la nuit et le progrès de l’aube

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« Conformément aux prémisses de la métaphysique de l’imaginal chez nos philosophes, l’Imago Templi est la forme que prend précisément pour se réfléchir dans l’âme au « confluent des deux mers », une réalité transcendante qui serait insaisissable sans elle.

(…) C’est que précisément au « confluent des deux mers » on se trouve hors du devenir et de la causalité historique, hors des normes de la chronologie, des filiations propres pour la justification desquelles on exige des archives et des documents notariés. Cela, parce que, au « confluent des deux mers », nous sommes dans le huitième climat, un « climat » dont les événements et les récits ont pour lieu le Malakût, le monde de l’âme et de la conscience visionnaire.

(…) Dans notre cycle du Graal, l’épopée qui est consacrée en propre à la geste de Galahad, se termine par une scène mystique  dans le palais spirituel de Sarraz : une main apparaît dans le Ciel et saisit le saint Graal qui sera désormais invisible à ce monde, dans le temps de ce monde.

(...) Cependant l’Imago Templi surexiste. Lorsque l’homme a modelé son être intérieur de telle sorte qu’elle se manifeste à lui, c’est qu’il se trouve eo ipso au « confluent des deux mers », et c’est la même, nulle part ailleurs, que, peuvent lui être rendues personnellement les clés du Temple. Ainsi ont-elles été rendues à Sohravardî qui voulut, en Iran islamisé, rappeler d’exil la théosophie de la Lumière professée par les sages de l’ancienne Perse. Chez l’un de ses disciples, Davânî, la perception visionnaire fera même de la Perside ( le Fârs) un  « royaume de Salomon », et de Persepolis un haut lieu d’illumination spirituelle de tradition salomonienne. Et c’est pourquoi la quête du chercheur en gnose irano-islamique devait elle-même le reconduire à la hiérophanie primordiale du « Temple à venir ». C’est l’Imago Templi telle qu’elle s’offre à la perception visionnaire du prophète Ezéchiel, et sur laquelle la communauté des Esseniens de Qumrâm devait modeler toute la théologie du Temple et du nouveau Temple. De là, bien qu’il y ait des traces historiques toujours cachées sous le voile de ce que l’on appelle les « légendes », ce n’est point pourtant par ces traces incertaines que nous rejoindrons ces chevaliers du Temple que nous évoquions ici au début. Mais nous constaterons que l’Imago Templi, devançant toute perception empirique, recèle en elle-même une telle force qu’elle impose l’évidence, a parte ante et a parte post, de la filiation de la chevalerie du Temple. D’un côté et de l’autre, il faut considérer que c’est L’Imago Templi qui prend ainsi conscience d’elle-même, et l’on comprendra que les liens d’ascendance et de descendance revendiqués ne sont pas ceux qui laissent des traces dans les documents d’archives. A parte ante, l’Imago Templi, telle qu’elle prend conscience d’elle-même par la chevalerie Templière, revendique une origine remontant à la communauté judéo-chrétienne primitive de Jérusalem, et par elle à la communauté des Esseniens. A parte poste, elle détermine la résurgence de l’idée templière au XVIII ème siècle : c’est la grande œuvre de Willermoz. Ce sera aussi l’épopée dramatique conçue par Zacharias Werner. Ce sera, dominant le tout, la révélation de la Nova Hierosolyma chez Swedenborg. Autant de hiérophanies de l’Imago Templi qui tiennent en échec les explications aussi bien que les dénégations de la critique historique positive, parce que l’Imago devance et règle tout jugement historique. Ce n’est donc pas la critique historique qui est en mesure de nous expliquer cette persistance de l’Imago Templi. Pour qu’elle le puisse, il faudrait qu’elle se rende elle-même au « confluent des deux mers », là même où les sentinelles nocturnes veillent sur les murs du Temple, guettant le recul de la nuit et le progrès de l’aube. Aussi est-ce à la condition de satisfaire aux exigences d’une hermeneutique toute différente de la critique historique, que nous seront en mesure de valoriser les hiérophanies de l’Imago Templi, lesquelles forment la tradition du Temple.

Et par là même nous pourrons peut-être entrevoir comment la norme secrète, qui en impose les récurrences et la persistance, est précisément celle-là qui peut faire face aux normes profanes de nos jours, parce qu’elle est le Témoin qui récuse la désacralisation du monde. »

 Henry Corbin («  Temple et Contemplation », chapitre « l’Imago Templi », extraits.)

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