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10/11/2014

Un Ordre de Chevalerie selon l’Esprit

« Au fond, le vœu de Willermoz, dans sa volonté de réforme et de rectification de la Stricte Observance Templière, fut d’instituer un Ordre capable de répondre aux exigences de l’Evangile, une authentique Chevalerie chrétienne se fixant pour objet, non la conquête des biens temporels, d’où son rejet des rêves chimériques de certains souhaitant que soit réédifié dans sa puissance initiale l’Ordre du Temple, mais que les « Pauvres Chevaliers du Christ » élèvent, au contraire, un nouvel édifice dédié à la Gloire de l’Eternel, édifice qui puisse échapper à la vindicte du temps et à la folie des hommes, en étant une demeure invisible, un Temple « mystique » inaccessible aux profanes.

Parfaitement conscient que l’unique critère réclamé à présent par le Ciel à ceux qui participèrent en Adam à l’horrible prévarication, fut qu’ils soient pourvus d’un cœur pur, qu’ils s’établissent dans un ferme repentir de leurs pêchés, qu’ils nourrissent une juste aspiration à s’extraire des ténèbres du vice et de la mort, Jean-Baptiste Willermoz conçu et façonna laborieusement, avec une rare intelligence, le Régime Ecossais Rectifié, et engagea toute son énergie dans la « rectification » effectuée lors du Couvent des Gaules de 1778 et du Couvent de Wilhelmsbad en 1782, dotant son système d’une structure empruntant beaucoup plus aux règles et formes des Ordres militaires de l’antique Chevalerie médiévale, comme en témoigne le code des C.B.C.S.(…)

Qui plus est, désireux de préserver l’héritage de Martinès de Pasqually, son incontestable maître dans le domaine de l’initiation, Willermoz confia la mission de conserver dans toute son intégrité l’enseignement des Elus Coëns aux membres participant des ultimes niveaux de son Ordre, c’est-à-dire aux frères introduits dans la classe secrète de la Profession et Grande Profession, et institua une sorte de cénacle à l’intérieur de l’Ordre Intérieur, par-delà le dernier grade dit « ostensible » de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, cénacle qui sera le cœur caché et voilé du Régime, et dont le devoir était de rigoureusement veiller aux fondements essentiels de la doctrine.(…)

Après ce constat préliminaire, il convenait d’établir, pour répondre à une situation ontologiquement insupportable, une sorte de plan, de stratégie à visée séparatrice qui aurait pour fonction de permettre le passage des ténèbres à la Lumière, s’agissant de certaines âmes choisies pour lesquelles il fallait des secours spéciaux, complétant heureusement et harmonieusement, ceux que l’Eternel confère dans son ministère. Ainsi il s’imposait que puisse être érigé un Ordre, certes initiatique, mais d’essence chevaleresque, capable de lutter contre les reliquats de la dégradation, apte à engager un combat pour réduire et abattre les forces malsaines qui enserrent les êtres dans les cachots obscures du domaine des ombres. La racine du mal provient, comme nous le savons, de la rupture qui survint entre Dieu et l’homme. Lorsque dans sa folie criminelle Adam, écoutant les mensonges du démon, piétina les commandements divins, il se mit, de lui-même, dans l’impossibilité de se réunir à son Principe. A cause de cela, la Lumière du Ciel n’arrive plus à traverser ce champ de monstrueuses ruines que représentent les cœurs arides et venimeux des créatures liguées avec les esprits pervers, elle est arrêtée, hélas, par une frontière que la Divinité, par amour, ne veut pas briser, frontière qui n’est autre que celle de notre liberté.

En effet : « Ce qui empêche que la réaction des feux spirituels divins ne parvienne jusqu’au feu spirituel de l’homme, ce sont les souillures que fait contracter l’union avec les êtres des ténèbres, qui, étant impurs, ne peuvent pas communiquer avec les purs et forment autour de l’homme une enveloppe et une barrière qui intercepte la communication  de ces feux. Il faut, pour que la jonction se fasse, que l’action de l’homme, en concours avec la réaction divine, rompe et dissipe la barrière ténébreuse, et ce n’est que par cette jonction qu’il peut être vivifié. » ( Leçons de Lyon, n°92, mercredi 6 mars 1776, SM.)

Il nous est demandé, en raison des données objectives que nous trouvons lors de notre venue en ce monde, de livrer une bataille, de nous engager dans une lutte spirituelle, et pour se faire, si le Christ sur la Croix a, pour nous, vaincu définitivement Satan, il fallait cependant, pour répondre au devoir d’action qui incombe aux créatures sauvées par le sacrifice de Jésus, que soit forgé un « Saint Ordre », un Ordre de Chevalerie initiatique en mesure de pouvoir mener au combat, et conduire à la victoire, les âmes qui aspiraient à briser la redoutable « barrière ténébreuse », âmes courageuses qui ont revêtu l’armure de la foi, le casque du Salut et l’épée de la Vérité.

Jean-Marc Vivenza ( « Le Martinisme, l’Enseignement secret des Maîtres », pages 167-170, extraits.)

 

« A ce titre, le Martiniste, qu’il ait immédiatement, et pour son plus grand bonheur, bénéficié de l’irremplaçable apport des enseignements saint-martiniens en étant gratifiés d’une illumination directe soudaine et bouleversante l’ayant placé, quasiment malgré lui, dans l’intimité du Philosophe Inconnu, qu’il ait été convié providentiellement, parce que cela lui était nécessaire et indispensable, à lentement nettoyer et reconstruire son âme blessée, se préparant spirituellement à endosser la blanche tunique des pauvres Chevaliers du Christ, devenant ainsi un digne et zélé disciple de Jésus aidé dans sa quête par le fécond trésor que transmet et délivre la Maçonnerie willermozienne du Régime Ecossais Rectifié, cet élu du Seigneur donc, cet être secondé et accompagné, sans qu’il le sache bien souvent, par les anges, guidé en chacun des ses pas par la Divine Sophia, est intégralement, en toutes ses actions, tourné vers le Ciel, il entretient dès à présent, un vivant dialogue avec le Divin, il édifie pendant le temps de son court séjour terrestre, sa demeure dans l’éternité. »

 Jean-Marc Vivenza ( « Le Martinisme, l’Enseignement secret des Maîtres », page 190, extrait.)

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